mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2416084 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET ARLAUD, AUCHER-FAGBEMI (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024 et un mémoire de production enregistré le 1er juillet 2024, M. C, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de 2 mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- elle est aussi entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 aout 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article
L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Rajaobelison, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant nigérian, né le 5 mars 1996 et entré en France en 2018 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 février 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 septembre 2022. Par un arrêté du 15 juin 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit en application desquelles il a été pris et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles il est fondé, tirées notamment du rejet de la demande d'asile de l'intéressé, du signalement des services de police du 14 juin 2024 pour violence par conjoint en présence d'un mineur et de l'entrée irrégulière sur le territoire et l'absence de sollicitation de délivrance de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Il ressort des pièces du dossier que M. C est né au Nigéria où il a vécu jusqu'à son entrée en France, en 2018, à l'âge de 22 ans. S'il soutient être lié avec la mère de son enfant par un pacte civil de solidarité, en l'état du dossier il n'établit ni la réalité de la conclusion d'un tel pacte, ni celle du lien de filiation dont il se prévaut avec un enfant mineur et supposément malade né en France et, ne justifie par ailleurs d'aucune relation familiale sur le territoire français d'une particulière intensité. A supposer même que ces liens soient établis, il n'est en tout état de cause pas contesté que M. C a fait l'objet d'un signalement pour des violences exercées à l'encontre de sa compagne devant un enfant mineur et ayant entrainé une incapacité temporaire d'une durée égale ou inférieure à 8 jours, circonstances ne permettant pas d'établir l'existence de liens familiaux d'une particulière intensité. Enfin si le requérant entend se prévaloir de son intégration professionnelle en France, il ne produit aucun élément de nature à justifier d'une telle allégation. Par suite, eu égard en particulier aux conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé. Ces deux moyens seront donc écartés.
4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet de police s'est fondé sur la menace à l'ordre public que constitue le comportement de l'intéressé et sur le risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, risque qu'il a regardé comme caractérisé sur le fondement du 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. C soutient que le préfet de police n'apporte pas la preuve qu'il constitue une menace pour l'ordre public, il résulte des pièces du dossier que M. C a été signalé le 14 juin 2024 pour les faits de violence sur conjoint rappelés au point précédent. En tout état de cause, il est constant que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée et, par suite, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
J.P. BLa greffière,
F. Rajaobelison
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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