jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2416589 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DAURELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, M. C D A, représenté par Me Daurelle, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 7 février 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des articles au
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il y a urgence dès lors que l'arrêté attaqué porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale, à sa liberté d'aller et venir et à l'exercice de son activité professionnelle ; en outre cette décision méconnait l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs dont il s'occupe.
Sur le doute sérieux :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors qu'il a été pris en dépit de l'avis favorable de la commission du titre de séjour ;
- il a méconnu les articles L.423-7 et L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplissait les conditions pour bénéficier du titre sollicité et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- les pièces produites le 2 juillet 2024 par le préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense ;
- la requête par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
- les autres pièces du dossier .
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative au droit de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 3 juillet 2024, en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Baron pour M. A ;
- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté ;
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
3. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. A, ressortissant péruvien né le 25 janvier 1992, vit en France depuis 2003 avec sa famille et que l'intéressé a bénéficié de plusieurs titres de séjour dont le dernier a expiré en octobre 2022. Le requérant justifie d'une activité professionnelle et de liens familiaux en France et est le père deux enfants nés en 2016 et 2022 qui sont de nationalité française. Le préfet de police de Paris, qui a refusé de renouveler son titre de séjour, en dépit d'un avis favorable de la commission du titre de séjour en date du 31 janvier 2024, ne justifie pas d'une circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence dont peut bénéficier le requérant en application du principe rappelé au point 4, y compris en raison du trouble à l'ordre public invoqué dans la décision attaquée. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE "".
5. Pour rejeter, sur le fondement des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A, en dépit de l'avis favorable de la commission du titre de séjour émis le 31 janvier 2024, le préfet a estimé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, au regard de condamnations dont il avait fait l'objet et des faits pour lesquels il était défavorablement connu des services de police.
6. Eu égard, d'une part, à l'ancienneté de la vie privée et familiale en France de l'intéressé et du fait qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, de son insertion professionnelle et des attestations qu'il produit relatives à son comportement, d'autre part, à l'ancienneté des délits routiers pour lesquels il a été condamné, et alors que le préfet ne conteste pas l'affirmation du requérant selon laquelle il a été victime et non auteur des faits de violence avec usage ou menace d'une arme survenus le 10 mai 2019, le moyen tiré de ce que le préfet de police, en considérant que M. A constituait une menace pour l'ordre public de nature à justifier le refus de renouvellement de son titre de séjour, a commis une erreur d'appréciation, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision litigieuse.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte
8. La suspension prononcée implique seulement que le préfet de police de Paris réexamine la demande de M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans le délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce et à défaut pour M. A de justifier avoir formé une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de l'arrêté du 7 février 2024 du préfet de police de Paris est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la demande de M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. A, la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D A, à Me Daurelle et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Fait à Paris, le 11 juillet 2024.
Le juge des référés,
B. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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