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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416713

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416713

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416713
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantBARTHOD-COMPANT LA FONTAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 27 juin 2024,

M. B A, représenté par Me Jeanne Barthod, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 avril 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a fait cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui accorder provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'il est définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou dans le cas contraire, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à lui verser directement.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence : la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée le place dans une situation de précarité ; il a un droit au maintien sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA dès lors qu'il a introduit une demande d'aide juridictionnelle auprès de la CNDA afin de contester cette décision de rejet ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il revient à l'OFII de démontrer la notification au requérant de son intention de cessation des conditions matérielles d'accueil ainsi que de la possibilité laissée à l'intéressé de présenter ses observations dans un délai de quinze jours conformément à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la fourniture des documents demandés par l'OFII dépendait uniquement de son hébergeur de l'époque et que dorénavant, vivant chez son frère, il a produit les justificatifs nécessaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dès lors que la suppression du versement de l'allocation pour demandeur d'asile le place dans une situation de précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête aux motifs que les conditions d'urgence et de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée font défaut.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2416710 enregistrée le 21 juin 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 juin 2024 à 14h30 en présence de

Mme Labbaci, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, né le 2 juin 1988 à Comilla (Bangladesh), a déposé une demande d'asile le 24 avril 2023. Le lendemain, il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Par une lettre du 3 juillet 2023, notifié le 14 août 2023, l'OFII l'a informé de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas fourni les pièces justifiant son hébergement de manière stable chez un tiers en Ile de France l'exemptant de son orientation en région. En l'absence de présentation d'observations, le directeur territorial de l'OFII a notifié au requérant, le 22 avril 2024, la cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas " respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en [s']abstenant de fournir dans les délais impartis les documents demandés ". Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 22 avril 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article

62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

6. Il ressort de l'instruction que M. A n'a pas produit les documents réclamés par l'OFII dans le délai imparti de quinze jours afin de justifier de l'exemption de l'orientation en région, pas plus d'ailleurs qu'il n'a présenté d'observations suite à la notification de l'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil pour faire état de sa prétendue impossibilité de fournir les justificatifs demandés, sans toutefois le démontrer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

7. Aucun des autres moyens de la requête, tels qu'ils sont visés et analysés plus haut, n'apparaît davantage propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du ministre de l'intérieur en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 22 avril 2024 par laquelle le directeur territorial OFII a fait cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII qui n'est pas, dans la présente instance de référé, partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A,

à Me Jeanne Barthod et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris, le 3 juillet 2024.

Le juge des référés,

L. GROS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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