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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416785

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416785

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416785
TypeDécision
Formation3e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantELACHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, M. A C demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêt de la préfète du Val-de-Marne en date du 18 juin 2024 portant l'obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans ;

3°) de supprimer son inscription au fichier d'inadmissibilité du Système d'Information Schengen.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le Préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de la 3e section en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme S. Timite, greffière d'audience, M. Gracia a lu son rapport et entendu les observations de Me Elachi représentant M. C, en son absence, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant sénégalais, né le 20 août 1992 à Bokhody (Sénégal) est entré en France le 1er janvier 2021, selon ses déclarations et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 18 juin 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Val de Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retour sur le territoire pendant une durée de 2 ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation dudit arrêté du 18 juin 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/01744 du 31 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne n°94, la préfète a donné à Mme D B, adjoint au chef de bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, d'une part, l'arrêté attaqué vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel elle a été prise et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 et indique les éléments relatifs à la situation personnelle de M. C et en particulier la circonstance que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. L'arrêté relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la CESDH en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle qui ne ressort pas des pièces du dossier.

5. En troisième lieu, en vertu de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, M. C ne conteste pas avoir été entendu sur sa situation administrative le 18 juin 2024 de 9h45 à 10h15, ayant à cette occasion, été mis en mesure de faire valoir ses observations sur une éventuelle mesure d'éloignement, de sorte que le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants; () / 1°L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () . "

8. Il est constant que M. C est entré en France et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions M. C, qui ne conteste pas sérieusement que sa situation relève des dispositions précitées de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit.

9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C ressortissant sénégalais vit en France depuis 2021, selon ses déclarations. D'une part, s'il soutient que sa compagne est enceinte, M. C n'apporte aucun élément probant permettant d'établir la réalité de cette situation, notamment quant à la situation administrative de sa compagne, leur éventuelle communauté de vie ou même l'état de grossesse allégué. D'autre part, il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Sénégal, où réside toute sa famille. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France, la préfète n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Dès lors le moyen relatif à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera donc écarté. Pour les mêmes motifs, au regard de l'ensemble de la situation de l'intéressée, la préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En outre, les stipulations précitées sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, le requérant n'apporte aucun élément probant permettant d'établir la réalité de sa relation, de la situation administrative de sa compagne ou même de la grossesse de cette dernière. Dans ces conditions, M. C n'établit aucunement que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 18 juin 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins de suppression de son inscription au fichier d'inadmissibilité du Système d'Information Schengen.

D E C I D E:

Article 1er: M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la Préfète du Val-de-Marne et au Préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

J-Ch. GRACIALa greffière,

S. TIMITE

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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