mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2416787 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Hug, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 9 décembre 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer une carte pluriannuelle de séjour " membre de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de vingt-quatre heures, sous astreinte de 150 euros par jours de retard dans l'attente de la fabrication de sa carte pluriannuelle de séjour, et de procéder au réexamen de situation dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie en ce que la décision attaquée l'empêche de résider régulièrement sur le territoire français alors même qu'elle est arrivée régulièrement sur le territoire français, par la procédure de réunification familiale, en sa qualité de membre de famille d'un bénéficiaire du statut de la protection subsidiaire. En outre, elle ne peut pas recevoir les soins dont elle a besoin.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision a méconnu les dispositions des articles L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, la préfecture de police conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au non-lieu à statuer. Il fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 2 octobre 2024, a été délivrée, le 3 juillet 2024, à l'intéressé sur son compte de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF).
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2416789, enregistrée le 21 juin 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 4 juillet 2024, en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience :
- le rapport de M. Rohmer ;
- les observations de Me Hug, avocate de Mme A, qui fait valoir que l'attestation délivrée par la préfecture de police ne permet pas à la requérante de travailler ni de bénéficier des droits sociaux qui s'attachent au séjour régulier au titre de la protection subsidiaire ;
- le préfet de police partie n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante afghane, née le 4 mai 1991, est entrée sur le territoire français, dans le cadre de la procédure de réunification familiale, avec un visa valable jusqu'au 5 juillet 2023. Le 9 août 2023, elle a sollicité, via l'agence numérique des étrangers en France (ANEF), la délivrance d'une carte pluriannuelle de séjour en tant que " membre de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ", son époux, M. C, s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 20 janvier 2021 de l'office français de protection des étrangers et apatrides (OFPRA). En application de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence de quatre mois gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de refus.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 52-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de sa requête, une attestation de prolongation d'instruction, valable du 3 juillet 2024 au 2 octobre 2024, a été délivrée à Mme A. La requérante fait valoir que ce document ne l'autorise pas, en méconnaissance de l'article R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à travailler, et à demander le bénéfice des droits sociaux qui s'attachent au séjour régulier. Toutefois, elle ne fait pas état d'élément permettant d'établir, à la date de la présente ordonnance et malgré le droit de se maintenir en France dont elle bénéficie jusqu'au 2 octobre, l'existence d'une situation caractérisant une urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, à la date à laquelle le juge des référés se prononce, la condition d'urgence ne peut pas être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés sont susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées pour défaut d'urgence. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Hug, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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