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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416791

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416791

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416791
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, Mme B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités croates.

Elle soutient que :

- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; son seul lien familial est celui qui l'unit à sa cousine, qui vit en France et l'y héberge ;

- elle a subi une opération le 28 juin 2024, dont le suivi nécessite des soins en ambulatoire qui ne peuvent être poursuivis en Croatie ;

- elle ne peut être renvoyée en Croatie, où le traitement des demandes d'asile souffre de défaillances systémiques ; elle a été traitée de manière inhumaine lors de sa détention en Croatie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Massiou en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massiou,

- les observations de Me Fournier, avocate commise d'office représentant Mme A, assistée de Mme C, interprète en langue turque,

- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 juin 2024, le préfet de police a décidé du transfert de

Mme B A, ressortissante turque née le 6 juillet 1988, aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Si Mme A soutient dans ce cadre qu'elle réside en France chez sa cousine, qui est sa seule attache familiale, elle ne produit aucun élément permettant d'étayer cette affirmation, laquelle est au demeurant insuffisante à caractériser une atteinte au droit protégé par les stipulations précitées. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme A ne produit aucun élément de nature à démontrer que son état de santé nécessiterait des soins qui ne pourraient lui être prodigués en Croatie, les circonstances dont elle se prévaut à cet égard étant, en toute hypothèse, postérieures à la date de la décision attaquée.

4. En troisième lieu, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. Ainsi que l'a dit pour droit la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du

30 novembre 2023, Ministero dell'Interno, affaires C-228/21, C-254/21, C-297/21, C-315/21 et C-328/21, l'article 3, paragraphe 1, et paragraphe 2, deuxième alinéa, du règlement n° 604/2013, lu en combinaison avec l'article 27 de ce règlement ainsi qu'avec les articles 4, 19 et 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être interprété en ce sens que la juridiction de l'État membre requérant, saisie d'un recours contre une décision de transfert, ne peut examiner s'il existe un risque, dans l'État membre requis, d'une violation du principe de non-refoulement auquel le demandeur de protection internationale serait soumis à la suite de son transfert vers cet État membre, ou par suite de celui-ci, lorsque cette juridiction ne constate pas l'existence, dans l'État membre requis, de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'une protection internationale.

5. Mme A invoque un risque de traitement inhumain en cas de retour en Croatie. Or ce pays, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Croatie dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs. Par ailleurs, la requérante n'établit pas la réalité des éléments relatifs à sa situation personnelle relatifs aux craintes dont elle fait état quant au défaut de protection en Croatie. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 10 juin 2024.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La magistrate désignée,

B. MASSIOU

La greffière,

D. MIGEON

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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