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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416884

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416884

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416884
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantRIACHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2024, M. A... B..., représenté par Me Riachy, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour ainsi que l’arrêté, notifié le 4 janvier 2024, par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement du 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à défaut d’admission à l’aide juridictionnelle, à lui verser directement, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour n’est pas motivée et les motifs de cette décision ne lui ont pas été communiqués dans le délai d’un mois suivant sa demande ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- l’arrêté notifié le 4 janvier 2024 méconnaît les dispositions de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration dès lors qu’il ne mentionne ni la qualité de son auteur ni ses nom et prénom ni sa signature ;
- il est entaché d’un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard du 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par ordonnance du 12 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2024.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n’a pas produit d’observations.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 30 mai 2024.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Madé,
- et les observations de Me Riachy, représentant M. B....

Une note en délibéré présentée pour M. B... a été enregistrée le 8 octobre 2024.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant algérien, né le 1er janvier 1977 et entré en France, selon ses déclarations, le 8 novembre 2009, a sollicité, le 26 octobre 2021, la délivrance d’un certificat de résidence algérien sur le fondement du 1) de l’article 6 de l’accord franco-algérien. Cette demande a été rejetée par une décision implicite née du silence gardé durant quatre mois par le préfet de police. Puis, par arrêté notifié le 4 janvier 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de ces deux décisions.


Sur la portée des conclusions de M. B... s’agissant du refus du préfet de police de l’admettre au séjour :

2. Lorsque le silence gardé par l’administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que lorsqu’une telle décision expresse intervient en cours d’instance, il appartient au juge qui en a connaissance de regarder les conclusions à fin d’annulation de la première décision comme dirigées contre la seconde, alors même que le requérant n’a pas expressément formulé de conclusions tendant à son annulation. Ainsi, les conclusions présentées par M. B... contre la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre l’arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de police a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / (…) ».
4. L’arrêté litigieux ne comporte ni la signature, ni les nom et prénom, ni la qualité de son auteur. Par suite, M. B... est fondé à soutenir que cet arrêté méconnaît les dispositions précitées de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du préfet de police lui ayant été notifié le 4 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

6. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, que l’administration procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :


7. M. B... a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Riachy, son avocat, peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Riachy d’une somme de 1 000 euros.






D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de police, notifié le 4 janvier 2024, rejetant la demande de titre séjour de M. B... et l’obligeant à quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à Me Riachy la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Riachy renonce à percevoir la contribution de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Riachy et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,
M. Marthinet, premier conseiller,
Mme Madé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.


La rapporteure,

C. MADÉ

La présidente,

M. SALZMANN

Le greffier,



Y. FADEL

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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