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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416894

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416894

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416894
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantAHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2024, M. D, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au le préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente, faute de justifier d'une délégation de signature régulière ;

- l'arrêté a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard des risques encourus en cas de retour au Bangladesh, et dès lors qu'il remplit les conditions pour former une demande de réexamen devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, en application des articles R. 531-2 à R. 531-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue le 13 septembre 2024 en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1994, est entré en France, selon ses dires, le 5 février 2022. Par une décision du 29 juillet 2022, notifiée le 23 août 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 15 février 2024, notifiée le 28 février 2024. Par un arrêté du 29 mai 2024 le préfet de Police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. Youssef Berqouqi, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Si M. A soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, le Bangladesh, ayant été récemment informé par les membres de sa famille restés au pays et par des amis de ce que ses persécuteurs le recherchaient toujours activement, et auraient incendié son domicile familial pour intimider les siens et obtenir des informations à son propos, il ne saurait se prévaloir du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi. Et à supposer qu'il puisse être regardé comme ayant également entendu diriger ce moyen contre la décision fixant le pays de renvoi, il ne produit, devant le tribunal, aucun élément nouveau de nature à établir qu'il serait personnellement et directement exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors même que sa demande de protection internationale au titre de l'asile, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 février 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4.En dernier lieu, si M. A peut être regardé comme soutenant que la décision portant obligation de quitter le territoire l'empêche de procéder à la demande de réexamen de sa demande d'asile, en méconnaissance des dispositions des articles L. 531-42 et R. 531-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision ne l'empêche pas de former une telle demande. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024 du préfet de police et que sa requête doit par suite être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. CLa greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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