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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416914

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416914

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416914
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. B A, représenté par Me Charles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a interdit de retour en France pendant 12 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision est entachée d'une motivation insuffisante et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a méconnu le respect des droits de la défense, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir et de détournement de procédure dès lors que la décision a pour but de l'empêcher de déposer sa demande de titre de séjour lors de son rendez-vous du 20 novembre 2024 et de passer devant la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juillet et le 2 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que l'ensemble des moyens de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Charles, représentant M. A.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 17 octobre 1998, est entré en France, selon ses dires, en 2019. Par un arrêté du 3 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 22 juin 2024, notifié le même jour, le préfet de police de Paris l'a interdit de retour en France pendant 12 mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. L'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, en outre, les éléments de la situation personnelle de M. A sur lesquels il se fonde. Il précise, en particulier, qu'il allègue être entré en France en décembre 2019, ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant donné que l'intéressé se déclare célibataire et sans enfant à charge et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 3 novembre 2021 prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis à laquelle il s'est soustrait. L'arrêté précise, enfin que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. A. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.

6. Aux termes du 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de M. A établi par le biais d'un interprète le 21 juin 2024, et signé par l'interprète ainsi que par l'intéressé, que ce dernier a eu l'occasion de faire valoir auprès de l'administration toute observation utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux, et qu'il a été apposé la mention manuscrite selon laquelle l'intéressé a déclaré n'avoir rien à rajouter au terme de cette audition. Ainsi, le droit de l'intéressé d'être entendu, ayant été ainsi satisfait avant que n'intervienne la décision prise à son encontre portant interdiction de retour en France pendant 12 mois, l'autorité administrative n'était pas tenue de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations avant de prendre la décision attaquée. En tout état de cause, le requérant n'établit ni n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 3 novembre 2021, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'admission au séjour au titre de l'asile de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, a été notifié à l'intéressé contre signature le 4 novembre suivant. Or il est constant que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution de cette mesure. De plus, lors de son audition le 21 juin 2024, consignée par procès-verbal du 22 juin 2024, il a déclaré qu'il n'accepterait pas de quitter le territoire français si une mesure d'éloignement lui était notifiée. Par ailleurs, l'intéressé ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille en France. Par suite, alors qu'il ne justifie pas que des circonstances humanitaires, au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisaient obstacle à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait fait une inexacte application de ces dispositions, sans qu'y fasse obstacle les circonstances que l'intéressé serait inséré professionnellement en France et qu'il bénéficie d'une convocation de la préfecture pour le dépôt d'un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour le 20 novembre 2024, ces circonstances ne lui conférant pas de droit au séjour. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, ni commis de détournement de pouvoir ou de détournement de procédure.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2024 du préfet de police et que sa requête doit par suite être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Charles, et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. CLa greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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