mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417007 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. B A, représenté par Me Louis Jeune, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les décisions attaquées le placent dans une situation de précarité administrative et entraînent pour lui un risque de perte de son emploi ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées dès lors que :
- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est insuffisamment motivée, est entachée d'un vice de procédure tirée de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour, est insuffisamment motivée, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de police, représenté par Me Tomasi, le 5 juillet 2024.
Vu :
- la requête no 2417006 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ho Si Fat ;
- les observations de Me Louis Jeune qui reprend les mêmes moyens que précédemment et soutient en outre que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- les observations de Me Zerad pour le préfet de police qui soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le requérant bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour et que les moyens de la requête ne sont pas fondés et conclut au rejet de celle-ci.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 31 mai 2024, le préfet de police a rejeté la demande d'admission au titre de séjour présenté par M. A, l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose, " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la demande en référés :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Enfin aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
6. Si M. A soutient que compte-tenu de sa présence en France depuis plus de dix ans, le préfet de police était tenu de saisir la commission du titre de séjour pour avis, il ressort des pièces du dossier que si M. A est arrivé en France en mai 2013, suite à l'obtention de son visa Schengen, et a demandé en date du 26 avril 2023 son premier titre de séjour portant la mention " salarié " en se bornant à produire ses avis d'impôt sur le revenu pour les années 2012, 2013, 2014, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020, 2021, il ne justifie pas en l'état de l'instruction d'une présence stable et continue depuis plus de 10 ans. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré du vice de procédure tenant au défaut de consultation de la commission du titre de séjour, n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Aucun des autres moyens de la requête n'est de nature, en l'état, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonctions et relatives aux frais du litige.
O R D O N N E
Article 1er : M. B A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Louis Jeune et au ministre de l'intérieur et des outre-mer
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
F. Ho Si Fat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.