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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417020

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417020

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417020
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantWELSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, Mme F H, agissant au nom de sa fille C E, représentée par Me Welsch, doit être regardée comme demandant au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision née du silence gardé sur la demande formulée le 29 mars 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Paris a refusé de lui attribuer un logement dans le Val-de-Marne ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de proposer à la famille un logement situé dans le Val-de-Marne ou de réexaminer la situation de la jeune C E pour prendre en compte sa vulnérabilité, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à Me Welsch en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des stipulations des articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés sont infondés.

Mme C E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cicmen.

Considérant ce qui suit :

1. La jeune C E, ressortissante nigériane née le 24 novembre 2023, a sollicité l'asile, par l'intermédiaire de sa mère, le 31 janvier 2024. Par courrier du 29 mars 2024, l'équipe sociale qui accompagne l'enfant et sa famille a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'hébergement de la famille dans le Val-de-Marne, à proximité de l'hôpital intercommunal de Créteil. Par courriers des 12 et 18 avril 2024, cette même équipe a relancé l'OFII pour obtenir l'examen de la situation de l'enfant et sa famille. Par la présente requête, Mme F H, agissant au nom de sa fille C E, demande au Tribunal d'annuler la décision implicite de refus acquise le 29 mai 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du 17 septembre 2024, l'enfant C E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement à l'aide juridictionnelle sont donc devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En l'espèce, l'enfant C E, sous couvert de sa représentante légale, Mme F H, indique être hébergée avec sa famille dans la chambre d'hôtel de l'établissement Le Renouveau de la Courneuve procurée par le 115. D'une part, il ressort du dossier la présence au sein de la famille d'une personne en situation de handicap, G E, sœur ainée de C, née le 18 mars 2020, souffrant d'un trouble du spectre de l'autisme (A), dont la prise en charge nécessite des soins spécialisés, intensifs et prolongés sur plusieurs années. Pour cela, cette enfant, âgée de trois ans à la date de la décision attaquée, est admise, depuis le 16 juin 2023, à l'hôpital de jour spécialisé pour enfants avec A du service universitaire de pédopsychiatrie au Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil (elle est également suivie par la protection maternelle infantile du Val-de-Marne). Elle est reçue dans ce service pour des soins réguliers, rapprochés et intensifs à raison de 7 heures 15 de soins hebdomadaires, répartis sur quatre jours. D'autre part, il ressort du dossier, en particulier des certificats des 11 janvier 2024 et 3 et 7 mai 2024 du Dr B D, pédopyschiatre au service précité, particulièrement circonstanciés, la nécessité d'un travail de guidance parentale de l'enfant G intégrant la reprise par les parents à la maison de modalités de soins qu'ils ont appris avec les soignants spécialisés à l'hôpital de jour ainsi que la mise en place d'adaptations spécifiques pour poursuivre le travail à domicile et faire évoluer l'enfant. Enfin, il n'est ni allégué, ni même établi par l'OFII que l'enfant G pourrait disposer à proximité de la Courneuve de soins réguliers et intensifs pour le traitement de sa pathologie. Dans ces conditions, la solution d'hébergement dont dispose Mme F H et son époux, représentants légaux des enfants G et C E, est, en l'état, inapproprié au travail de guidance parentale de G, et rend nécessairement plus complexe la prise en charge par les parents de l'ensemble des actes de la vie quotidienne de l'enfant G mais aussi, incidemment, de l'enfant C, née le 24 novembre 2023, et âgée seulement de six mois à la date de la décision attaquée. Par suite, compte tenu des circonstances très particulières de l'espèce, qui induisent notamment une vulnérabilité particulière de l'enfant C E, la carence de l'OFII à procurer à celle-ci et à sa famille une offre d'hébergement adapté entache d'une erreur manifeste d'appréciation la décision attaquée. Par suite, la décision implicite acquise le 29 mai 2024 est annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 ". Aux termes de l'article L. 345-1 du même de l'action sociale et des familles : " Bénéficient, sur leur demande, de l'aide sociale pour être accueillies dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale publics ou privés les personnes et les familles qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques, familiales, de logement, de santé ou d'insertion, en vue de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale. Les étrangers s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être accueillis dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale dénommés " centres provisoires d'hébergement " définis au chapitre IX du titre IV du livre III du présent code. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 349-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les étrangers s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent bénéficier d'un hébergement en centre provisoire d'hébergement. ". Aux termes de l'article L. 349-3 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Les décisions d'admission dans un centre provisoire d'hébergement, de sortie de ce centre et de changement de centre sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du centre. A cette fin, les places en centres provisoires d'hébergement sont intégrées au traitement automatisé de données mentionné à l'article L. 142-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. / Pour l'accès aux centres provisoires d'hébergement, il est tenu compte de la vulnérabilité de l'intéressé, de ses liens personnels et familiaux et de la région dans laquelle il a résidé pendant l'examen de sa demande d'asile. / II.- Les personnes accueillies participent à proportion de leurs ressources à leurs frais d'hébergement, de restauration et d'entretien. / III.- Les conditions de fonctionnement et de financement des centres provisoires d'hébergement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 349-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les centres provisoires d'hébergement accueillent, sur décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, les réfugiés et les bénéficiaires de la protection subsidiaire pour une période de neuf mois. Après évaluation de la situation de la personne ou de celle de sa famille, cette période peut être prolongée, par période de trois mois, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Les centres transmettent sans délai au préfet de département la demande d'admission à l'aide sociale signée et datée par l'intéressé, ainsi que les pièces justificatives. "

6. Il résulte de l'instruction que l'enfant C E a obtenu le statut de réfugié par décision du 27 juin 2024 de l'OFPRA, notifiée le 8 juillet 2024. Dans ces conditions, en raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que l'OFII propose, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à la représentante légale de la requérante, agissant pour le compte de celle-ci, une admission dans un centre provisoire d'hébergement situé dans le Val-de-Marne. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de transmettre sa proposition dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir la décision attaquée d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Mme C E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros à verser à Me Welsch, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration acquise le 29 mai 2024 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de proposer à Mme F H, représentante légale de l'enfant C E, une admission dans un centre provisoire d'hébergement situé dans le Val-de-Marne dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Welsch une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Welsch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H, agissant au nom de sa fille C E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et Me Welsch.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

J.P. Ladreyt La greffière,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417020/6-3

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