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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417100

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417100

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417100
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDIOP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. C A, représenté par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire ;

- c'est à tort que le préfet a considéré qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui définissent de façon limitative et cumulative les conditions d'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français, en ce qu'elle ne se prononce pas expressément sur chacun de ces quatre critères ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B aux fins de statuer sur les décisions d'éloignement fondées sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les décisions pouvant les assortir.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 11 septembre 2024, M. B a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une pièce, présentée pour M. A, a été enregistrée le 17 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né le 22 août 1980, est entré en France au cours de l'année 2015, selon ses déclarations. Par un arrêté en date du 24 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 1° du L. 611-1 de ce code, dont il fait application. En outre, cet arrêté mentionne que, dès lors que l'intéressé déclare être entré sur le territoire français clandestinement en 2015 et ne pas avoir entamé de démarches pour régulariser sa situation au regard du droit au séjour, il entre dans le cas des personnes étrangères, ne pouvant justifier être entrées régulièrement sur le territoire français et s'y étant maintenues sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, pouvant être obligées à quitter le territoire français. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de M. A avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /

1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

5. Il ressort du procès-verbal d'audition en retenue de M. A en date du 24 juin 2024, dont les termes ne sont pas contestés par le requérant, que celui-ci a déclaré être entré clandestinement sur le territoire français et ne pas avoir, depuis lors, entamé de démarches afin de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance par le préfet de Seine-et-Marne des dispositions qui précèdent et de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé, doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire, mentionne les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il fait application. Cet arrêté fait en outre état de ce que l'intéressé, qui a déclaré être entré clandestinement sur le territoire et ne pas avoir entamé de démarches afin de solliciter la régularisation de sa situation au regard du droit au séjour, n'a pas déclaré de domicile personnel et certain. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit par suite être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de M. A ou se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. A ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et ne pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, si M. A a indiqué, lors de son audition par les services de police en date du 24 juin 2024, résider dans un appartement, en colocation avec quatre autres personnes, il ne peut être regardé, par cette seule allégation, comme justifiant d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation. Au surplus, ainsi que le fait valoir le préfet de Seine-et-Marne dans son mémoire en défense, outre que M. A ne justifie pas de documents d'identité tels que le passeport mentionné lors de son audition par les services de police, qu'il n'avait alors pas été en mesure de présenter, celui-ci a fait état, lors de cette audition, de son intention de ne pas exécuter une éventuelle obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, c'est sans faire une inexacte application des dispositions qui précèdent que le préfet a pu considérer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire et a refusé, pour ce motif, de lui octroyer un délai de départ volontaire.

11. En quatrième lieu, si M. A, qui ne produit pas de pièce permettant d'établir la durée de présence sur le territoire français qu'il allègue, a soutenu, dans le cadre de son audition par les services de police en date du 24 juin 2024, travailler de façon ponctuelle dans le secteur du bâtiment, il ne se prévaut, dans le cadre de l'instance, d'aucune circonstance permettant de considérer qu'en lui refusant un délai de départ volontaire, le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 612-6 et L. 612-10 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que M. A, qui s'est vu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, déclare être entré sur le territoire français en 2015 et qu'il se déclare célibataire, sans charge de famille, sans ressources. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet de Seine-et-Marne n'avait pas à faire état des critères, non retenus en l'espèce, tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public et à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

14. En deuxième lieu, conformément aux dispositions citées au point 12, la décision attaquée est fondée sur le motif qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A, en l'absence de circonstances humanitaires justifiant qu'une interdiction de retour ne soit pas édictée, et non sur les critères fixés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dépourvues de caractère cumulatif et ayant pour objet de permettre à l'autorité administrative de déterminer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'elle édicte. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

15. En troisième lieu, le préfet de Seine-et-Marne n'alléguant pas que la présence de M. A sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public ni qu'il n'aurait pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, le requérant est fondé à soutenir qu'en se fondant sur sa seule durée de présence alléguée, quand bien même celle-ci n'est pas justifiée, et son absence de liens personnels et familiaux en France, le préfet de Seine-et-Marne a fait une inexacte application des dispositions citées au point 12 en fixant à une durée de trois ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui ne prononce que l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, n'implique pas nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. A. Les conclusions présentées à fin d'injonction par celui-ci doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

18. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors que l'Etat n'est pas dans le présent litige, pour l'essentiel, la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de celui-ci la somme réclamée par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 juin 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

A. B

La greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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