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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417156

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417156

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417156
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Ballu, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 16 août 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée la place dans une situation de précarité administrative et que l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est insuffisamment motivée, révèle un défaut d'examen sérieux, méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la requête no 2417026 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ho Si Fat a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Macarez substituant Me Ballu pour Mme B, et les observations de Me Zerad pour le préfet de police qui fait valoir le cursus de la requête ne s'inscrit pas dans un projet d'étude cohérent et conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 20 mai 2000, est entrée en France munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 13 septembre 2021 au 13 septembre 2022. Le 16 août 2023, elle a sollicité auprès des services de la préfecture de police de Paris, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 14 mai 2024, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 mai 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Y compris en l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou règlementaire déterminant les cas où le titre de séjour " étudiant " peut être refusé à un étranger souhaitant renouveler son titre de séjour en France, l'administration est fondée à refuser le renouvellement de sa carte de séjour à l'étudiant qui échoue de manière répétée à ses examens, ou qui change d'orientation de manière inexpliquée d'une année sur l'autre. Pour refuser à Mme B le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", le préfet de police s'est fondé d'une part sur l'absence de caractère réel et sérieux de ses études et de son cursus et d'autre part sur l'absence de poursuite d'un cursus cohérent.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le cursus scolaire de Mme B fait état de deux redoublements de sa troisième année de licence de sciences humaines et sociales mention philosophie (années universitaires 2021/2022 et 2022/2023), et au titre de l'année universitaire 2023/2024 d'une réinscription en troisième année de licence de sciences humaines et sociales mention philosophie et en première année de cinéma au Conservatoire Libre du Cinéma Français. En l'état, il n'est ni démontré l'obtention d'un diplôme durant le cursus universitaire de Mme B ni que sa réorientation s'inscrit dans la continuité de ses études, ni la cohérence de ses études dans le cadre d'un projet professionnel précis. Dès lors, les moyens tirés de la requête ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension, d'injonction et relatives aux frais du litige doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Mme A B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

F. Ho Si Fat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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