jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417161 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LOIRE, HENOCHSBERG (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, M. B A, représenté par Me Henochsberg demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur ;
- et les observations de Me Grisolle, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 1er juillet 1997, de nationalité tunisienne, est entré en France le 18 septembres 2021 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 3 septembre 2021 au 3 septembre 2022 qui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 31 décembre 2023. Le 3 janvier 2024, il a sollicité son changement de statut en qualité de salarié sur le fondement des articles 3 de l'accord franco-tunisien et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 9 avril 2024, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A vit en concubinage dans le 13ème arrondissement avec une ressortissante française. Un contrat de mariage a été conclu le 19 février 2024 et la cérémonie de mariage a été organisée pour le 13 juillet 2024. Il ressort également des pièces du dossier que la sœur du requérant réside régulièrement en France et que son frère a la nationalité française. Enfin, le requérant justifie exercer un emploi en tant qu'employé polyvalent dans la restauration depuis décembre 2023. Ainsi et dans les circonstances particulières de l'espèce et nonobstant la présence d'une partie de la famille du requérant en Tunisie, le préfet de Seine-et-Marne, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par ces mesures. Le préfet a donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête.
3. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. A un titre de séjour. Il lui sera enjoint de lui délivrer un tel titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
4. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Henochsberg, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Henochsberg de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 avril 2024 du préfet de Seine-et-Marne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Henochsberg une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Henochsberg renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Henochsberg et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS
La greffière,
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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