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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417170

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417170

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417170
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, M. D C, représenté par Me Ottou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des énonciations de la circulaire du 7 octobre 2008 relative aux étudiants étrangers et à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de son intégration personnelle et professionnelle sur le territoire français.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet de police, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lamarche, première conseillère,

- et les observations de Me Ottou pour M. C, présent,

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 5 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 20 février 2005, entré en France le 1er août 2020 selon ses déclarations, a sollicité, le 26 octobre 2023, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mai 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 août 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions contestées

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A B, attaché d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C vise les textes dont il fait application, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 3° de l'article L. 611-1 et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et individualisé de la situation de M. C. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

7. M. C, qui soutient être entré en France le 1er août 2020, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 ans et l'âge de 18 ans, par une ordonnance de placement provisoire du 30 mars 2021 pour une durée de six mois puis par un jugement du 13 juillet 2021 jusqu'à sa majorité. Il a été scolarisé, au titre de l'année 2020/2021, en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) dans un collège privé catholique à Pantin. Il a ensuite préparé, pendant les deux années suivantes, un certificat d'aptitude " agent de propreté et d'hygiène " au sein du lycée Lucie Aubrac de Pantin. Après avoir obtenu son diplôme le 5 juillet 2023, il a intégré au titre l'année scolaire 2023/2024 une classe de première professionnelle en hygiène et propreté. Pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour du requérant sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de police s'est fondé sur l'absence de sérieux dans le suivi de ses études et la mise en garde dont il a fait l'objet en raison de ses nombreuses absences. Il ressort en effet des bulletins scolaires versés à l'instance que M. C a respectivement cumulé 14 et 17 demies-journées d'absences injustifiées au titre des premier et second semestre de l'année 2021/2022 puis 24 et 35 au titre de l'année 2022/2023, ce qui lui a valu une mise en garde sur son assiduité le 11 mai 2023. Pour justifier ses absences, M. C se borne, à l'audience, à faire état de difficultés à suivre la partie théorique de sa formation compte tenu de son parcours traumatique et de son insuffisante maitrise de la langue française. S'il se prévaut par ailleurs des appréciations positives de ses différents maîtres de stage et produit notamment, à l'appui de sa note en délibéré, les témoignages établis postérieurement à l'arrêté contesté de l'un de ses professeurs et de la cheffe d'établissement de son lycée attestant son investissement lors des périodes de formation en milieu professionnel, ces éléments sont toutefois insuffisants pour remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de police sur sa situation. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet a, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, méconnu les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, le demandeur d'un titre de séjour ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire du 7 octobre 2008, relative à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études des étudiants étrangers, dès lorsqu'elle ne figure pas sur la liste des documents opposables répertoriés sur le site du ministère de l'intérieur comme l'exigent les articles R. 312-10 et D. 312 11 du code des relations entre le public et l'administration.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C ne produit aucune pièce de nature à justifier l'insertion sociale dont il se prévaut et ne fait état d'aucune relation amicale ou personnelle sur le territoire national. S'il verse par ailleurs à l'instance une attestation sur l'honneur selon laquelle il n'a pas eu de contact avec sa mère restée en Côte d'Ivoire depuis au moins un an et indique, dans sa noté en délibéré, qu'elle est désormais décédée, il n'établit pas pour autant être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine. Ainsi, en l'absence d'éléments de nature à établir que l'intéressé a noué en France le centre de sa vie privée et familiale, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de police n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 10, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Ottou et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Lamarche, première conseillère,

M. Maréchal, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

M. LamarcheLe président,

F. Ho Si FatLa présidente-rapporteure,

C. RiouL'assesseure la plus ancienne,

C. Kante

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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