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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417291

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417291

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417291
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Orhant, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 avril 2024 par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision du 20 février 2024 du directeur territorial de l'OFII de Paris portant notification du refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la faire bénéficier rétroactivement des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 3 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, en cas d'admission à l'aide juridique et, en cas contraire, à lui verser directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas bénéficié de l'entretien de vulnérabilité prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 8 janvier 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cicmen.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante congolaise, née le 6 mai 1998, déclare être entrée en France en mars 2023. Par une décision du 20 février 2024 le directeur territorial de l'OFII de Paris lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 30 avril 2024 le directeur adjoint général de l'OFII a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par la requérante le 26 mars 2024. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal, à titre principal, d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du 19 septembre 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis provisoirement à l'aide juridictionnelle sont donc devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants ; / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; / () ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

4. En premier lieu, la décision, qui vise les articles L. 551-15, D. 551-17 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est motivée par la présentation de la demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après l'entrée en France. Elle énonce ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder. Partant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ".

6. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la requérante, celle-ci a bénéficié, le 20 février 2024, d'un entretien par un agent de l'OFII en langue française en présence d'un interprète. Par suite le vice de procédure allégué doit être écarté.

7. En troisième lieu, il est constant que la requérante est entrée en France le 2 mars 2023 et que sa demande d'asile a été enregistré par la préfecture de police de Paris le 20 février 2024, soit près de onze mois après son entrée sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 24 octobre 2023, le juge des enfants de A a ordonné le placement auprès de l'aide sociale à l'enfance de l'Aisne sous l'identité de Cicilia Bisika Maygende. Il en ressort également que, le 7 février 2024, ce service a informé l'intéressée de la mainlevée de placement à son encontre dès lors que, de son passage à l'AEM-Visabio le 24 janvier précédent en préfecture, il est ressorti qu'elle est connue de ce traitement sous le patronyme de B Luzolo Bisika, née le 5 mai 1988. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que celle-ci, majeure célibataire et sans charge de famille, ait été empêchée de présenter antérieurement une demande d'asile. Enfin, il ne ressort pas de la fiche d'évaluation de vulnérabilité du 20 février 2024 produite par l'OFII que la requérante a exposé un motif légitimant la non-présentation de sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Dans ces conditions, le directeur général adjoint de l'OFII a pu, sans méconnaître les dispositions du 3° de l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être attaqué.

8. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas de la fiche d'évaluation de vulnérabilité du 20 février 2024 produite par l'OFII d'éléments particuliers de vulnérabilité. Si la requérante, majeure, célibataire et sans charge de famille, produit dans la présente instance deux prescriptions pour la réalisation d'examens médicaux, au demeurant postérieure à la décision en litige, ceux-ci ne peuvent, à eux seuls, remettre en cause l'appréciation de sa vulnérabilité faite par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, résultant notamment de ses propres déclarations au cours de l'entretien. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle dès lors qu'elle est vulnérable, doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous d'astreinte et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Ohrant.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

J-P. Ladreyt La greffière,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417291/6-3

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