vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417433 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BLAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2024 et le 21 août 2024, M. A C B, représenté par Me Blain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui restituer sa carte de séjour pluriannuelle, ou de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, de réexaminer sa situation sans délai à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées de l'incompétence de leur signataire ;
La décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de respect du principe du contradictoire ;
- méconnaît les articles L. 411-4, L.423- 21, L. 432-4, L. 433-1, L.433-4 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision de refus de délivrance d'un duplicata de sa carte de séjour pluriannuelle :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles L. 411-4, L.423- 21, L. 432-4, L. 433-1, L.433-4 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles L. 411-4, L.423- 21, L. 432-4, L. 433-1, L.433-4 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision refusant un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles L. 411-4, L.423- 21, L. 432-4, L. 433-1, L.433-4 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles L. 411-4, L.423- 21, L. 432-4, L. 433-1, L.433-4 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les articles L. 411-4, L.423- 21, L. 432-4, L. 433-1, L.433-4 et L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé ;
- est entachée d'une erreur de droit et de disproportion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Schotten,
- et les observations de Me Blain pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sénégalais né le 19 septembre 2001, est entré en France le 2 août 2009, âgé de 8 ans. Titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 9 novembre 2020 au 8 novembre 2024, il a sollicité la délivrance d'un duplicata de ce titre de séjour. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de police a retiré sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. Pour retirer la carte de séjour pluriannuelle dont M. B était titulaire depuis le 9 novembre 2020, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance qu'il avait été condamné le 2 juillet 2020 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de blanchiment : aide à la justification mensongère de l'origine des biens et revenus de l'auteur d'un délit de trafic de stupéfiants, commis le 14 avril 2020 et le 2 décembre 2020, à 500 euros d'amende pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, commis le 8 mars 2020. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est entré en France à l'âge de 8 ans et qu'il y a toujours vécu depuis lors, auprès de sa mère, en situation régulière, de sa tante et de ses cousins, de nationalité française, avec lesquels il entretient, ainsi que cela ressort des attestations nombreuses, concordantes et circonstanciées, des relations intenses et stables depuis de nombreuses années. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant était titulaire, à la date de la décision attaquée, d'une promesse d'embauche signée le 27 mai 2024 par la société El Jefe Cars, dont il produit l'extrait Kbis, pour un emploi d'assistant gestionnaire de parc automobile à temps plein, pour un salaire de 1 800 euros bruts mensuels. Dans ces conditions, au regard tant de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et des garanties d'intégration professionnelle présentées par M. B, que de la nature, de l'ancienneté et du caractère isolé des faits sur lesquels le préfet de police s'est fondé, ce dernier, en estimant que la présence en France de l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de son titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :
5. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. B un duplicata de sa carte de séjour pluriannuelle dans un délai qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour d'une durée de cinq ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de délivrer à M. B un duplicata de sa carte de séjour pluriannuelle dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
K. de Schotten
La présidente,
K. WeidenfeldLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2417433/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026