vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417434 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. A Du, représenté par l'AARPI Alnaïr Avocates, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans avec un signalement pour cette durée dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que s'agissant d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, l'urgence est présumée ; le requérant a ainsi basculé dans l'irrégularité et se trouve ainsi exposé à un risque d'éloignement, alors même qu'il est parfaitement intégré en France, en situation régulière depuis 34 ans, et que la décision contestée risque de le séparer brutalement de ses deux enfants français présents sur le territoire, sans qu'il n'ait de contact en Chine ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que celle-ci est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire, d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente, et d'une méconnaissance de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet a produit des pièces qui ont été enregistrées le 5 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 juin 2024 sous le numéro 2417435 par laquelle M. Du demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cardon, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me David, représentant la requérante, qui abandonne ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes ;
- les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 mai 2024, le préfet de police de Paris a notamment rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. Du, ressortissant chinois né le 1er décembre 1956. Par la présente requête, M. Du demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a lieu d'admettre M. Du au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
5. Dès lors que la décision attaquée refuse le renouvellement du titre de séjour pluriannuel dont M. Du était titulaire, l'urgence est présumée et n'est d'ailleurs pas contestée par le préfet de police. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
6. En l'état de l'instruction, compte tenu de la nature et de l'ancienneté des faits pour lesquels le requérant a été condamné et en dépit de leur caractère répété, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police quant à la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. Du est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par ailleurs, eu égard à la durée de présence en France du requérant et aux attaches personnelles qu'il y a, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est également, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 7 mai 2024 en tant qu'il refuse le renouvellement du titre de séjour sollicité par le requérant.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de délivrer sans délai au requérant une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond, sans qu'il soit besoin d'assortir ce délai d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. Du étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du préfet de police de Paris le versement d'une somme de 800 euros à l'AARPI Alnaïr Avocates, conseil de M. Du, sous réserve pour celui-ci de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. Du serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. Du est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté en date du 21 mai 2024 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de délivrer sans délai à M. Du une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 800 euros au titre des frais de justice dans les conditions prévues au point 9 du présent jugement.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A Du et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 12 juillet 2024.
La juge des référés,
K. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6