vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417437 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Delavay, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension, à titre principal, de l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, et à titre subsidiaire, la suspension de ce même arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire national ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour sans délai, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que s'agissant d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, l'urgence est présumée ; en outre, la décision aura pour effet d'empêcher la requérante de débuter sa deuxième année de master dans l'école dans laquelle elle est pourtant inscrite, dès lors que le juge du fond ne se prononcera vraisemblablement pas avant la rentrée universitaire de septembre 2024 ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que celle-ci est entachée d'un vice d'incompétence et d'une erreur d'appréciation.
Le préfet a produit des pièces qui ont été enregistrées le 5 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 juin 2024 sous le n°2417439 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cardon, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Delavay, représentant la requérante, qui abandonne les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes ;
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et conteste la présomption d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante turque née le 7 janvier 2000, a sollicité le 29 mai 2023 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de police a notamment refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'un retrait de celui-ci.
4. Dès lors que la décision attaquée refuse le renouvellement du titre de séjour pluriannuel dont Mme B était titulaire, l'urgence est présumée. Si le préfet de police conteste, dans son principe, cette présomption, le seul élément relatif aux circonstances de l'espèce qu'il invoque, tiré de ce que la requérante ne devra présenter son titre de séjour pour confirmer son inscription en Master 2 que le 10 septembre 2024, n'est pas de nature à la renverser. Il y a par suite lieu de regarder la condition d'urgence comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation commise par le préfet de police de Paris, est, dans ces circonstances de l'espèce, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de Paris de délivrer sans délai à Mme B une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 19 juin 2024 est suspendue en tant que le préfet de police de Paris a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme B.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de délivrer à Mme B sans délai une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 12 juillet 2024.
La juge des référés,
K. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6