vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417445 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DE CLERCK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 27 juin, 2, 3 et 5 août 2024, M. A B, représenté par Me De Clerck, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision en date du 29 avril 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités de sécurité (CNAPS) lui a retiré sa carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui restituer, à titre provisoire, sa carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du directeur du CNAPS une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la décision prive l'intéressé de la possibilité de travailler et risque de lui faire perdre l'emploi qu'il exerce dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée de chef de poste sécurité au sein du groupe Radio France, et donc de le placer en situation de grande précarité, alors qu'il est père de six enfants dont deux sont mineurs et deux sont étudiants à sa charge et que son épouse n'exerce aucune activité rémunérée ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée, tirés de ce que la décision est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'une erreur de fait dans l'application de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le Conseil national des activités de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et que les moyens invoqués ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme A. Fleury, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me De Clerck, représentant le requérant ;
- le Conseil national des activités privées de sécurité n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe ayant le statut de réfugié, était titulaire d'une carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité délivrée le 26 mars 2013 et renouvelée à plusieurs reprises, en dernier lieu le 23 février 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 avril 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a retiré cette carte professionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.
4. Il résulte de l'instruction que l'exécution de la décision litigieuse fait obstacle à la poursuite par M. B de son activité professionnelle d'agent de sécurité privée auprès de son employeur, la société Radio France, ainsi qu'en atteste la suspension de son contrat de travail. Il est par ailleurs constant que cette activité est la seule source de revenus du foyer, alors que le requérant a encore quatre enfants à charge dont deux mineurs. Si le CNAPS fait valoir en défense l'intérêt public qui s'attache, selon lui, à l'exécution immédiate de la décision en litige, notamment dans le contexte exceptionnel des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, cette circonstance n'est pas de nature à priver la requête de son caractère d'urgence, eu égard à la nature des fonctions exercées par M. B, à la date de la présente ordonnance et, comme il sera dit au point 6, à l'absence de justification suffisante des risques invoqués. Par suite, les effets de la décision litigieuse sur la situation personnelle de M. B sont de nature à caractériser, à la date de la présente ordonnance, une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () / La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article. / () / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle ".
6. En l'absence d'éléments précis permettant d'établir les liens constants et réguliers avec des islamistes radicalisés tchétchènes ainsi qu'avec des personnes actives au sein de la cause indépendantiste tchétchène, que le CNAPS invoque pour justifier la décision attaquée, le moyen tiré de ce que cette dernière est entachée d'une erreur d'appréciation est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Au regard du motif de la suspension prononcée, il y a lieu d'enjoindre au CNAPS de restituer à titre provisoire à M. B sa carte d'agent de sécurité privée, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du procès :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CNAPS le versement d'une somme de 1 000 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 29 avril 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a retiré à M. B sa carte professionnelle est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de restituer, à titre provisoire, à M. B sa carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Paris, le 9 août 2024.
La juge des référés,
K. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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