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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417497

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417497

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417497
TypeDécision
PublicationD
Formation4e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantPERRIMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, complétée par un mémoire enregistré le

21 septembre 2024, M. D, représenté par Me Perrimond, demande au tribunal, dans ses dernières écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation en vue de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-l'arrêté a été signé par une personne qui n'avait pas compétence pour ce faire ;

-il est entaché d'un défaut de motivation ;

-le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

-l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, présenté pour le préfet de police, Me Tomasi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Véronique Hermann Jager, présidente de

sous-section, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B A

- les observations de Me Perrimond, conseil du requérant,

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sri lankais, né le 9 mars 1992, entré en France au cours de l'année 2022, en vue d'y demander l'asile, selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à

M. C, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 611-1 4 sur le fondement duquel il a été pris et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et exposé de manière suffisante les circonstances de fait relatifs à la situation personnelle et administrative du requérant tout en précisant que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D, qui déclare être présent en France depuis 2022 à la date de l'arrêté attaqué et allègue y avoir établi le centre de ses intérêts personnels, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses conditions de vie en France ni l'existence d'attaches d'ordre personnels et professionnels alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas privé de liens dans son pays d'origine où résident des membres de sa famille et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Pour obliger M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours le préfet de police s'est fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche " TelemOfpra ", produite en défense par le préfet de police, que la demande d'asile été rejetée par une décision du 4 janvier 2024 du directeur général de l'OFPRA notifiée à l'intéressé le 1er février 2024, que la cour nationale de droit d'asile a confirmée le 30 janvier 2024. Le rejet de la cour lui a été notifié le 29 février 2024, ainsi que l'indique sa fiche TelemOfpra. Si le requérant fait valoir qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays qui n'ont pas été pris en compte par l'OFPRA ni par la CNDA, il ne l'établit pas n'apportant aucun élément tangible et pertinent au soutien de ses dires susceptible d'infirmer la décision en litige. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 ni les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du préfet de police du 29 mai 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au ministre de l'intérieur et à Me Perrimond.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée

V. B ALa greffière

F. Rajaobelison

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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