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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417554

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417554

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417554
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 juin et 5 juillet 2024, M. C B, retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 26 juin 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et lui refusant un délai de départ volontaire sont entachées d'une insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen sérieux de sa situation ; elles ne font pas état de son souhait de former une demande d'asile ;

- elles méconnaissent le droit d'être informé entendu avant que les mesures ne soient prises, ainsi que le principe du contradictoire ; on ne l'a pas interrogé sur d'éventuelles craintes en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il est retenu irrégulièrement, ayant formé une demande d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le principe du non-refoulement résultant de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 33 de la convention de Genève ; il craint pour sa sécurité dans son pays d'origine.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle ne comporte pas la mention des quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces ont été communiquées par le préfet de police le 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Massiou en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massiou,

- les observations de Me Fournier, avocate commise d'office représentant M. B, assisté de Mme A interprète en langue chinoise,

- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant chinois né le 4 juillet 1977, a fait l'objet le 26 juin 2024 de deux arrêtés par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

M. B demande l'annulation de l'ensemble de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions prises dans leur globalité :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-167 du même jour, le préfet de police a donné à M. D E, adjoint au chef de la division des examens administratifs et des expulsions et signataire de la décision attaquée, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et refusant un délai de départ volontaire visent les dispositions dont elles font application, en particulier celles des articles L. 611-1 et suivants et L. 711-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionnent notamment que M. B n'est pas entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ces décisions sont insuffisamment motivées, révélant un défaut d'examen sérieux de sa situation, alors même qu'elles ne font pas état du souhait qu'il aurait alors eu de former une demande d'asile. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu, lequel relève des droits de la défense qui figurent au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 25 juin 2024 que

M. B a été entendu par les services de police dans les suites de son interpellation à l'aéroport de Roissy, préalablement à l'édiction des décisions attaquées et qu'il a pu notamment, dans ce cadre, s'exprimer s'agissant de sa situation administrative en France et la perspective d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Il a indiqué dans ce cadre souhaiter se rendre au Mexique dans un but de loisirs et ne pas rester en France. Par ailleurs, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celle-ci. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. B soutient que sa rétention est irrégulière dès lors qu'il a formé une demande d'asile le 1er juillet 2024, ce moyen est insusceptible d'exercer une influence sur la légalité des décisions attaquées. Il doit, dès lors, être écarté en tant qu'il est inopérant.

7. En cinquième lieu, M. B a déclaré aux services de la police aux frontières être célibataire et sans enfant, voyager en compagnie de son neveu, n'avoir aucun membre de sa famille en France, l'ensemble de ces membres se trouvant en Chine. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe de non-refoulement résultant de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, ce texte n'étant applicable qu'aux personnes titulaires du statut de réfugié, ce qui n'est pas son cas. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

9. Il résulte des énonciations des points 2 à 8 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire serait irrégulière par exception d'illégalité de cette première décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte des énonciations des points 2 à 8 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire serait irrégulière par exception d'illégalité de cette première décision doit être écarté.

11. En second lieu, si M. B soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Chine, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, alors qu'il a par ailleurs indiqué aux services de la police aux frontières qu'il avait quitté la Chine pour voyager et n'avait pas formé de demande d'asile dans les autres pays européens dans lesquels il s'était déjà rendu. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, de celles de l'article 33 de la convention de Genève 28 juillet 1951 doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Pour prendre à l'encontre de M. B une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que le requérant était entré le 24 juin 2024 sur le territoire français et ne pouvait se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, s'étant déclaré célibataire et sans enfant à charge, sans qu'il soit fait état par ailleurs d'un risque pour l'ordre public ou d'une précédente mesure d'éloignement dont le requérant aurait fait l'objet. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que cette décision doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de police a interdit à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée,

B. MASSIOU

La greffière,

D. MIGEON

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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