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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417557

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417557

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417557
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantMENDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de police a décidé son maintien en rétention.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Mendy, avocat commis d'office, représentant M. E, qui soutient qu'il existe aujourd'hui une violence d'une intensité aveugle en Somalie et que le préfet ne peut pas se fonder sur la seule circonstance qu'il a présenté sa demande de réexamen en rétention pour considérer que celle-ci l'a été dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement,

- M. E, assisté de M. C, interprète en somali, qui s'en remet aux observations de son conseil,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police, qui réaffirme l'appréciation de la préfecture quant au caractère dilatoire de la demande de réexamen présentée en rétention par le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant somalien, né le 1er janvier 1994, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Après que sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juin 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2023, un arrêté du préfet de police en date du 26 juillet 2023 l'a obligé à quitter le territoire français. Interpellé le 19 juin 2024 à la suite d'un signalement pour agression sexuelle par personne en état d'ivresse, puis placé en rétention administrative le 20 juin 2024 dans la perspective de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, l'intéressé a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention.

2. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée () ". Aux termes de l'article L. 754-4 de ce même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement () ".

3. En premier lieu, d'une part, l'arrêté contesté est signé par M. B D, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture de police, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. D'autre part, l'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige et de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manquent en fait et ne peuvent en tout état de cause qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige, ainsi que des pièces versées aux débats, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de décider son maintien en rétention.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E, dont la demande d'asile présentée le 29 juin 2022 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ainsi qu'il a été dit au point 1, s'est soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 26 juillet 2023. Interpellé le 19 juin 2024 à la suite d'un signalement pour agression sexuelle par personne en état d'ivresse, ce n'est qu'après avoir été placé en rétention administrative le 20 juin 2024 pour les besoins de l'exécution de cette mesure d'éloignement qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Au vu de ces circonstances et en l'absence de tout élément nouveau quant à ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, à l'exception de considérations générales sur la violence qui règne en Somalie, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que cette demande de réexamen a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement. Alors qu'il ne se prévaut d'aucune attache personnelle en France, M. E n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.

Jugement lu en audience publique le 15 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417557/8

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