mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417635 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juin et le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Delimi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 pris par le préfet de police en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de le munir d'une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant des moyens communs à la décision portant obligation de quitter le territoire français et à la décision fixant le pays de destination :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public et qu'il dispose de garanties de représentation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 1er octobre 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024 du tribunal judiciaire de Paris.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topin.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais, né le 16 avril 1967, est entré en France le 7 mai 2003, selon ses déclarations. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 7 octobre 2011 jusqu'au 6 octobre 2012 et a été muni de récépissés de demande de titre de séjour du 30 juillet 2019 au 11 novembre 2020. M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-7, L. 423-8, L. 423-23 et, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 février 2023, le préfet de police a rejeté sa demande au motif unique que le comportement de l'intéressé était constitutif d'une menace à l'ordre public. Par jugement n° 2308062/2-1 du 26 septembre 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté le recours de l'intéressé contre le refus de titre de séjour et la cour administrative d'appel de Paris, a rejeté l'appel contre ce jugement par arrêt n° 23PA05309 du 28 juin 2024. M. A a de nouveau sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par décision du 3 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a interdit le retour en France pour une durée de trois ans.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
2. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de fait et de droit sur lesquels elles se fondent. Elles visent notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et font état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Elles sont ainsi suffisamment motivées.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions attaquées, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français et de fixer le pays de renvoi, la circonstance qu'elles ne mentionnent pas certains éléments relatifs à sa situation personnelle n'étant pas de nature à établir un défaut d'examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. M. A allègue qu'il réside en France depuis vingt ans et qu'il y dispose de solides attaches privées et professionnelles. Toutefois, d'une part, il ne justifie d'aucune activité professionnelle. D'autre part, si le requérant se prévaut de sa qualité de père d'un enfant, né en France le 9 août 2009, il est divorcé depuis le 22 mai 2014 et, par un jugement du 27 mai 2019, le tribunal de grande instance de Nanterre a rejeté sa demande de partage de l'exercice de l'autorité parentale et a réduit son droit de visite médiatisé à une fois par mois. Par ailleurs, il ne démontre aucune insertion dans la société française alors qu'il a été condamné le 4 juillet 2011, par le tribunal correctionnel de Paris, à quatre mois d'emprisonnement pour menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité civile et qu'il est aussi défavorablement connu des services de police pour des faits de violences volontaires par conjoint ou concubin, commis le 8 juin 2010, de harcèlement moral, commis entre juillet et septembre 2012, de viol, commis le 26 octobre 2012, et de violence sur personne chargée de mission de service public, commis le 8 août 2014. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant les décisions litigieuses, le préfet de police a porté à son droit au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. A.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5., M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le comportement de M. A est constitutif d'une menace à l'ordre public. Il est, par suite, suffisamment motivé.
10. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (° )".
11. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de police s'est fondé sur la menace à l'ordre public que ce dernier représente à raison d'une condamnation à quatre mois de prison, établi par un extrait de casier judiciaire, et de signalements postérieurs pour des fait de violence. C'est sans commettre d'erreur d'appréciation, qu'au regard de ces faits multiples et graves, quand bien même certains d'entre eux n'auraient pas fait l'objet de poursuites, le préfet de police a considéré que M. A représentait une menace à l'ordre public à la date de la décision attaquée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet lui a refusé un délai de départ volontaire.
12. Enfin, comme il a été dit aux points 5. et 8., les moyens tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 doivent être écartés.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
13. En premier lieu, les décisions portant obligation à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi n'étant pas illégales au regard de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). "
15. Comme il a été dit au point 11. du présent jugement, dès lors que la menace à l'ordre public est établie, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans, fondée sur ce motif, d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation du requérant.
16. Enfin, ainsi qu'exposé au point 4., le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Topin, présidente-rapporteure ;
- M. Martin-Genier, premier conseiller ;
- M. Matalon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
E. Topin
L'assesseur le plus ancien,
P. Martin-GenierLa greffière,
N. Dupouy
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026