mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417661 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | GRIOLET |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2417661 le 28 juin 2024, un mémoire complémentaire enregistré le 30 août 2024 et deux mémoires de production enregistrés les 3 et 4 septembre 2024, M. B, représenté par Me Griolet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois, pris par le préfet de police le 27 juin 2024 ;
3°) à défaut d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un arrêté du 26 mai 2023 irrégulier ;
- elle est entachée d'incompétence de son signataire et d'une insuffisance de motivation ;
- la décision a été édictée en méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation faute d'avoir pris en considération les éléments justifiant des circonstances humanitaires prévues à l'article L. 612-6 du CESEDA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 aout 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 aout 2024.
II. Par une requête, enregistrée le 23 aout 2024 sous le n° 2422638 et deux mémoires de production enregistrés les 3 et 4 septembre 2024, M. B, représenté par Me Griolet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi, pris par le préfet de Seine Saint-Denis le 26 mai 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- la décision portant refus de titre a été prise sans consultation de la commission de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-22 du CESEDA dès lors qu'il remplit toutes les conditions posées par ces dispositions et que contrairement à l'appréciation portée par le préfet, il ne constitue pas une atteinte à l'ordre public ;
- elle méconnait l'article L. 423-23 du même code et l'article 8 de la CEDH dès lors qu'il est parfaitement intégré et inscrit dans un parcours de formation professionnelle sérieux ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi sont irrégulières car prises sur le fondement d'un refus de titre de séjour illégal ;
-la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la CEDH.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les observations de Me Griolet, avocate de M. B présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité ivoirienne, né le 6 octobre 2003 est entré en France en février 2019 selon ses déclarations. Par un premier arrêté du 26 mai 2023, le préfet de de Seine Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), assorti d'une obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de renvoi. Par un second arrêté du 27 juin 2024, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par les deux présentes requêtes, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2417661 et n° 2422638 de M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions de la requête n° 2417661 tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 aout 2024. Par suite, les conclusions du requérant tendant à obtenir l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont sans objet. Il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté du préfet de Seine Saint-Denis du 26 mai 2023 :
4. Pour refuser le titre de séjour sollicité par M. B le 8 décembre 2021 sur le fondement de l'article L.423-22 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet de Seine Saint-Denis a retenu que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public dans la mesure où il s'est fait défavorablement connaître entre 2019 et 2021 pour des faits d'usage et de vente de produits stupéfiants, des faits de vol avec violence n'ayant pas entrainé d'incapacité de travail en aout 2019 et de recel de vol en janvier 2021. Toutefois en l'état du dossier, il n'est ni établi, ni même soutenu, que les faits délictueux retenus par le préfet auraient donné lieu à des poursuites judiciaires et à une condamnation. Il résulte par ailleurs des pièces du dossier que M. B a été pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance de la Seine Saint-Denis en tant que mineur non-accompagné, qu'au titre des mesures éducatives décidées par le juge des enfants, il a été scolarisé puis inscrit à partir de septembre 2020 à une formation professionnelle en apprentissage qui lui a permis d'obtenir en juillet 2022 un certificat d'aptitude professionnelle mention cuisine qu'il a entendu compléter en s'inscrivant auprès du CFA STELO Formation de Villepinte afin de valider une mention complémentaire " Art de la cuisine allégée ". M. B a enfin intégré la Communauté Emmaüs de Paris en octobre 2023 en qualité compagnon d'Emmaüs, travailleur solidaire, où il demeure à ce jour comme en attestent les relevés de cotisation versés au dossier ainsi que la présence à l'audience de sa tutrice. Dans ces conditions, eu égard à l'ancienneté des faits reprochés, qui en l'état du dossier n'ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire et l'absence de réitération de faits délictueux depuis 3 ans, à son investissement professionnel et personnel probant ainsi qu'à son comportement positif souligné par divers témoignages, M. B est fondé à soutenir que le préfet de Seine Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, en estimant que son comportement représentait une menace pour l'ordre public et en lui refusant, pour ce motif, le titre de séjour sollicité.
5. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2023, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'il aurait été notifié à l'intéressé et, par lequel le préfet de Seine Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a enjoint de quitter le territoire et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français:
6. Il résulte de l'annulation prononcée au point 5, que M. B est également fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Griolet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de M. B la somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B au titre de la requête n° 2417661.
Article 2 : L'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi, pris par le préfet de Seine Saint-Denis le 26 mai 2023, est annulé.
Article 3 : L'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois, pris par le préfet de police le 27 juin 2024, est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement
Article 5 : L'Etat versera la somme totale de 1 500 euros à Me Griolet au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C D B, à Me Griolet, au préfet de Seine Saint-Denis et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
J.P. ALa greffière,
F. Rajaobelison
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
N° 2422638/4-3