mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417662 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin et le 19 août 2024, Mme D A, représentée par Me Cherfa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 du préfet de police en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée quant à sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Topin ;
- et les observations de Me Cherfa, avocate de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante mauricienne, née le 21 octobre 1998, est entrée en France le 15 décembre 2017. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salariée, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 31 mai 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Elle demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B C, administrateur de l'Etat hors classe, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. Mme A se prévaut de la durée de son séjour en France, de l'existence d'une intégration par le travail et d'attaches d'ordre personnel et professionnel. Toutefois, par les pièces qu'elle produit, notamment l'acte de naissance de son enfant, né en France le 16 septembre 2023, et des bulletins de salaires attestant de l'exercice d'une activité d'aide à la personne pour la période entre avril 2020 et juillet 2022, un contrat à durée indéterminée du 1er mai 2024, ainsi que des témoignages de son cercle amical et professionnel, elle ne peut pas être regardée comme attestant de l'existence de liens intenses noués sur le territoire français. Son insertion dans la société française est en outre remise en cause en raison de sa condamnation en date du 14 juin 2023 par le tribunal correctionnel d'Orléans à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur son concubin. Par ailleurs, si elle allègue l'existence d'une vie de couple avec un ressortissant guinéen, elle ne l'établit pas par la seule attestation non circonstanciée de ce dernier établie le 5 août 2024 et, en tout état de cause, la régularité du séjour de ce dernier n'est ni alléguée ni démontrée. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en édictant l'arrêté litigieux, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Les décisions attaquées n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs., le préfet de police, n'a pas entaché les décisions en litige d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de Mme A.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
8. En l'espèce, pour fixer à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, prise à l'encontre de Mme A, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de la menace à l'ordre public que représente le comportement de l'intéressée eu égard aux faits, non contestés, qu'elle a commis, le 19 décembre 2022, et qui ont donné lieu à une condamnation, le 14 juin 2023, par le tribunal correctionnel d'Orléans, à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et à un signalement pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui commis le même jour. Toutefois, eu égard à la nature du signalement et de l'infraction pour laquelle Mme A a été condamnée ainsi qu'au quantum de la peine, l'intéressée est fondée à soutenir qu'en fixant la durée de l'interdiction de retour en France à cinq ans, le préfet de police a entaché sa décision de disproportion.
9. Il y a lieu par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle fixe sa durée à cinq ans.
10. Il résulte de ce qui précède, que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 31 mai 2024 en tant qu'il lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement n'appelle ni la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, ni le réexamen de sa situation. Par suite, les conclusions de Mme A à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de police du 31 mai 2024 en tant qu'elle porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et préfet de police.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Topin, présidente-rapporteure ;
- M. Martin- Genier, premier conseiller ;
- M. Matalon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La président-rapporteure,
E. Topin
L'assesseur le plus ancien,
P. Martin-GenierLa greffière,
N. Dupouy
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026