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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417663

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417663

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417663
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Peschanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ;

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 août 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 27 août 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du tribunal judiciaire de Paris du 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin,

- les conclusions de M. E ;

- et les observations de Me Peshanski, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante turque, née le 3 septembre 2001, est entrée en France le 28 août 2019 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour. Titulaire par la suite d'un titre de séjour " étudiant " valable du 18 septembre 2020 au 17 septembre 2023, elle a sollicité le 27 juillet 2023 le renouvellement de ce titre. Par des décisions du 5 juin 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C D, attachée d'administration de l'Etat, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 422-1 et L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour prendre les décisions contestées. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant d'édicter l'arrêter litigieux, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme A, le préfet de police s'est fondé sur l'absence de progression dans son cursus universitaire, la requérante n'établissant pas le caractère réel et sérieux de ses études. D'une part, contrairement à ce que soutient l'intéressée qui fait valoir qu'elle a validé le niveau L. 2 à l'issue de l'année universitaire 2023/2024, le préfet de police n'a pas commis d'erreur de fait en relevant qu'après quatre années d'études et trois redoublements dans le cursus de licence, l'intéressée n'avait pas obtenu ce diplôme de licence. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, que Mme A, inscrite en première année de licence de droit santé publique à l'université Panthéon-Assas pour l'année universitaire 2019-2020 a validé cette première année, après avoir doublé, au terme de l'année universitaire2020-2021 et qu'elle n'a validé la deuxième année de licence qu'après trois inscriptions en Licence 2 de droit pour les années universitaires 2021-2022, 2022-2023 et 2023-2024. L'intéressée fait valoir le contexte de la crise liée au COVID pour expliquer ses échecs, puis des difficultés personnelles ayant eu des répercussions sur son état de santé, qu'elle justifie en particulier par une prescription unique, datée du 6 mai 2022, d'un antidépresseur pour trois mois, par un courrier daté du 12 juin 2024 établi par un médecin turc faisant état de ce que l'intéressée a été suivie du 1er juin 2022 au 1er septembre 2023 pour dépression et anxiété, ainsi que par un courriel attestant de suivi de séances de psychothérapie entre octobre 2023 et janvier 2024. Toutefois, ces seules circonstances, alors que par ailleurs aucun justificatif circonstancié de l'assiduité du suivi des études n'est produit en particulier pour l'année universitaire 2021/2022 et 2022/2023 au-delà de deux attestations de chargés de travaux dirigés ne concernant qu'une partie des enseignements de la période, pas plus d'ailleurs que des relevés de notes de nature à établir une progression dans les études, ne sont pas de nature à justifier des échecs répétés de l'intéressée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait entaché sa décision de refus de délivrance de titre de séjour d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entachée sa décision d'une erreur de fait.

7. En troisième lieu, Mme A n'a pas présenté de demande sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de ces articles. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces articles, qui sont inopérants, doivent être écartés.

8. En dernier lieu, au regard de ce qui précède il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6. et 7., les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent, en tout état de cause, pas être accueillis.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2019 pour y suivre des études supérieures en qualité d'étudiante et qu'elle a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée célibataire et sans charge de famille en France, n'établit pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine, ne justifie pas avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'erreur manifeste d'appréciation à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de retour, ne sont assortis d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Peschanski .

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure,

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Matalon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La présidente - rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLe greffier,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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