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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417726

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417726

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417726
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantEL AMOUDI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D, ressortissant sri-lankais, contestant l'arrêté du préfet de police du 27 juin 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, en application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a estimé que la durée de l'interdiction était justifiée au regard des critères légaux, notamment la soustraction de l'intéressé à une précédente mesure d'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête un mémoire et des pièces enregistrés les 29 juin et 7 août 2024,

M. B D, représenté par Me El Amoudi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'article L. 611-7 du code de l'entrée

et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a jamais eu connaissance de la mesure d'éloignement en date du 10 mai 2023 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- il risque de subir des mauvais traitements en cas de retour au Sri Lanka, en méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 25 et 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que le moyen invoqué par M. D n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me El Amoudi, représentant M. D qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sri lankais, né le 9 novembre 2000 est entré en France afin de solliciter son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 12 janvier 2023 par l'OFPRA et il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 10 mai 2023. Par l'arrêté attaqué du 27 juin 2024, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". M. D a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Contrairement à ce que M. D soutient, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, cet arrêté qui permet de vérifier que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé est suffisamment motivé.;

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6

et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ().

5. Le préfet de police a examiné la situation personnelle de M. D au regard des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a constaté qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 10 mai 2023. Le préfet a ensuite fait état du fait que l'intéressé, qui allègue être entré en France en 2021, ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, l'intéressé se déclarant célibataire et sans enfant à charge. D'une part, si M. D soutient avoir formé une demande d'asile, cette demande qui date du 23 juillet 2024 est postérieure à l'arrêté attaqué et par suite sans incidence sur sa légalité. D'autre part, si M. D allègue ne pas avoir eu connaissance de la décision d'éloignement prise à son encontre le 10 mai 2023, de sorte qu'il ne peut lui être reproché de s'y être soustrait, il ressort des pièces produites en défense que la décision faisant obligation de quitter le territoire français du 10 mai 2023 a été notifiée le 17 mai 2023 à M. D à son adresse déclarée (France Terre d'Asile 35, rue des Cheminots 75018 Paris) comme en attestent l'accusé de réception et les mentions inscrites au fichier des personnes recherchées produits au dossier. La mention " pli avisé non réclamé " établit la notification régulière de la décision. Si le requérant soutient qu'il ne résidait plus, à la date à laquelle la mesure d'éloignement lui a été envoyée, chez France terre d'asile, il ne produit aucune pièce à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur droit et d'erreur d'appréciation que le préfet a pris l'arrêté attaqué. La décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police au vu de la situation de l'intéressé de l'ensemble des critères prévus par la loi. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En dernier lieu, l'arrêté attaqué a uniquement pour objet d'interdire le retour en France du requérant pendant une durée de douze mois et n'a pas pour effet de renvoyer le requérant dans son pays d'origine. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation d'une décision fixant le pays de renvoi ne peuvent qu'être rejetée et que le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile invoqué à l'encontre de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté comme inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

Le magistrat désigné,

J. C

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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