lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417811 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Toujas, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler sa carte de séjour portant la mention " passeport talent - profession artistique et culturelle " ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée dans le cadre d'un refus de renouvellement de titre de séjour et que la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation administrative, professionnelle et financière ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation et d'absence d'examen sérieux de sa situation personnelle, qu'elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle méconnaît l'annexe 9 de ce code, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 1er juillet 2024 sous le numéro 2417788 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 10 juillet 2024 :
- le rapport de M. Delesalle ;
- les observations de Me Toujas, représentant Mme B, présente, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police de Paris, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que Mme B ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 421-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est accompagnatrice et non artiste-interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante japonaise née le 23 août 1986 est entrée sur le territoire français en 2010. Pianiste de formation, elle a bénéficié le 25 mai 2022 d'une carte de séjour pluriannuelle mention " passeport talent - profession artistique et culturelle " valable jusqu'au 24 mai 2024 dont elle a sollicité le renouvellement. Par une décision du 25 juin 2024, le préfet de police a rejeté sa demande au motif que ces emplois en qualité d'accompagnatrice de classe, pianiste accompagnateur et assistante d'enseignement artistique ne relèvent pas d'une activité définie à l'article L. 212-1 du code de la propriété intellectuelle. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Mme B demandant la suspension de l'exécution de la décision refusant de renouveler sa carte de séjour, et le préfet de police ne faisant état d'aucune circonstance de nature à renverser la présomption d'urgence qui en résulte, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
5. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de celle-ci.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le préfet a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 15 juillet 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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