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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417815

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417815

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417815
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, M. B C, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet de police a porté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet en vertu d'un précédent arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 20 avril 2022 de 12 à 36 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente,

- elle est insuffisamment motivée,

- elle méconnaît son droit à être entendu,

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de police a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 17 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne,

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Lepy, avocat commis d'office représentant M. C,

- les observations de M. C, assisté d'un interprète en espagnol,

- et celles de Me Schwilden pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en l'absence de moyen fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant chilien né le 18 février 1995 à San Fernando, a fait l'objet le 20 avril 2022 d'un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Il est constant qu'il n'a pas contesté cet arrêté et qu'il s'est maintenu sur le territoire français. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet de police, sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-11 du code de justice administrative, a porté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet de la part du préfet des Hauts-de-Seine de 12 à 36 mois.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E A, attaché d'administration de l'Etat, qui, en vertu d'un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial, bénéficie d'une délégation de signature afin de signer les décisions dans la limite de ses attributions, qui comportent les mesures d'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour porter la durée de l'interdiction de retour dont faisait l'objet M. C de 12 à 36 mois. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant interdiction de retourner sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une atteinte au droit d'être entendu n'est toutefois susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, M. C a été entendu par les forces de l'ordre le 29 juin 2024, antérieurement à l'intervention de l'arrêté qu'il conteste. S'il n'a certes pas été expressément interrogé sur la possibilité d'une prolongation de l'interdiction de retourner sur le territoire français dont il faisait déjà l'objet, il a pu apporter toutes les précisions utiles sur l'ensemble des critères qui devaient être pris en compte par l'autorité administrative préalablement à l'édiction d'une telle décision dès lors qu'il a été explicitement interrogé sur la durée de sa présence en France et son caractère régulier, la nature de ses liens familiaux sur le territoire national et la commission de faits passibles de constituer une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, il n'a pas été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision qu'il conteste et le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation retenue par le préfet de police dans son arrêté en date du 29 juin 2024, qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C préalablement à l'édiction de la décision d'interdiction de retour en litige.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de son article L. 612-10, l'autorité administrative tient compte pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à

l'article L. 612-11 " de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. Le préfet de police ayant explicitement fondé sa décision contestée sur les dispositions de l'article L. 612-11 précitées, lesquelles étaient bien applicables à M. C, ce dernier ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. C n'est au mieux présent en France que depuis seulement environ trois ans. S'il a mentionné être le père d'un enfant, il ne démontre ni même n'allègue que celui-ci résiderait sur le territoire national ni a fortiori que son séjour serait régulier. Il ressort de son audition par les forces de l'ordre le 29 juin 2024 qu'il entendait rompre avec sa compagne. Par ailleurs,

M. C s'est maintenu irrégulièrement en France en méconnaissance de l'obligation qui lui avait été faite le 20 avril 2022 par le préfet des Hauts-de-Seine de quitter le territoire français sans délai. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment de son audition du 29 juin 2024 et du caractère particulièrement peu crédible de ses dénégations, qu'il a bien volé un collier à sa compagne le 29 juin 2024 en lui arrachant violemment du cou. Il a également été signalé le 5 décembre 2023 pour des faits de violence conjugale dont il ne nie pas être l'auteur. Dans ces conditions, le préfet de police était fondé à considérer que, postérieurement à l'édiction le 20 avril 2022 d'une interdiction de retour d'un an à son encontre, M. C avait adopté un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public. Il résulte ainsi de l'ensemble de ce qui précède que le préfet de police n'a pas entaché sa décision du 29 juin 2024 d'une erreur d'appréciation en portant de 12 à 36 mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont le requérant faisait l'objet.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.

Lu en audience publique le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

V. D

Le greffier,

R. DRAILa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417815/8

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