lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417829 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ROSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle le préfet de police lui a implicitement refusé le renouvellement de son titre de séjour ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident valable dix ans dans le délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures et de réexaminer sa demande dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, le tout, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxe à Me Rosin sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de prévoir qu'en cas de non admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application du seul article
L. 761- 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que celle-ci est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- en outre, la condition d'urgence est remplie dès lors qu'aucune circonstance ne justifie l'instruction d'une demande de titre de séjour sur une période de plus de douze mois et que la requérante se retrouve en situation de précarité administrative et financière ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée le 1er juillet 2024 sous le numéro 2417831 par laquelle
Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bachoffer pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 11 juillet 2024 en présence de Mme Lagrede greffière d'audience, M. Bachoffer a lu son rapport et entendu :
-les observations de Me Pluchet, substituant Me Rosin, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ukrainienne, née le 7 février 1971, a sollicité
le 26 juillet 2023, le renouvellement de son titre de séjour auprès du préfet de police qui lui a délivré des récépissés, dont le dernier était valable jusqu'au 11 mai 2024. Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de renouvellement.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou de renouveler sa carte de séjour temporaire, le préfet de police préjudicie de manière grave et immédiate à la situation personnelle de la requérante, qui bénéficie au surplus d'une présomption d'urgence qu'aucun élément du dossier ne vient contredire. La condition d'urgence doit ainsi être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. ".
7. Il résulte de l'instruction que Mme B bénéficiait d'une carte de résident pour la période du 14 août 2013 au 13 août 2023. Ainsi, le moyen tiré de ce qu'en décidant implicitement de ne pas renouveler ce titre, sans invoquer aucun des motifs lui permettant de fonder légalement ce refus de renouvellement, le préfet aurait méconnu ces dispositions, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 27 novembre 2023, par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Eu égard aux motifs de suspension retenus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de carte de résident de Mme B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l'intervalle, sous 10 jours, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Rosin, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.
O R D O N N E:
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de renouveler la carte de résident de Mme B est suspendue
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l'intervalle, sous 10 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera à Me Rosin la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où Mme B ne serait pas admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Rosin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 15 juillet 2024
Le juge des référés,
B. BACHOFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2417829/1