mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417839 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet 2024, le 21 juillet 2024 et le 1er septembre 2024, M. A B, représenté par Me Apaydin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de l'éloignement ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour dès la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 95 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. B soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- elle sont illégales en l'absence d'examen sérieux de sa situation ;
- elles méconnaissent les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'elles portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent ainsi les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa situation répond à des considérations d'ordre exceptionnel ou humanitaire ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Rohmer a lu son rapport et entendu les observations de Me Apaydin représentant M. B, présent.
Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 15 mai 2000 à Halfeti (Turquie), est entré en France le 10 juillet 2019, selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 juin 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de l'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, par l'arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. C D, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés quand a été signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles L. 644-1 3° et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. B, elle lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par ailleurs, dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée, l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées que le préfet, qui mentionne des éléments propres à la vie de M. B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de refuser de lui délivrer titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen doit par suite être écarté.
5. En quatrième lieu, M. B n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de cet article par les décisions attaquées.
6. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B indique dans la requête que " tout [son] entourage amical, familial et personnel " est en France, tout comme ses centres d'intérêts. Cependant, M. B, célibataire et sans charge de famille, ne fait état que de la présence de trois de ses frères et d'une de ses sœurs en France, sans justifier des liens qu'il entretient avec ces derniers. L'insertion professionnelle du requérant et la circonstance qu'il maîtrise la langue française ne sauraient suffire à justifier qu'il ait été porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit, par suite, être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 10 juillet 2019 et qu'il justifie d'une expérience professionnelle depuis juillet 2020, dans le cadre de contrats à durée indéterminée successifs dans quatre entreprises dans le domaine de la restauration. Il travaille depuis le 1er septembre 2023 en qualité de cuisinier auprès de son employeur. Toutefois, eu égard à la nature et à la qualification du métier exercé, et alors que le requérant, qui a changé plusieurs fois d'employeurs, ne produit pas d'attestations de ceux-ci concernant son travail, celui-ci ne justifie pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Par ailleurs, eu égard à sa situation personnelle rappelée au point 7, M. B ne justifie pas davantage de tels circonstances et motifs pour se voir délivrer un titre " vie privée et familiale " sur le même fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point 8.
En ce qui concerne le pays de destination :
10. En se bornant à soutenir qu'il ne saurait retourner vivre dans le pays dont il a la nationalité, à savoir la Turquie, en raison de l'ancienneté de son séjour en France et de son intégration tant professionnelle que familiale sur le territoire français, M. B n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision fixant le pays de destination de l'éloignement. Le moyen doit, par suite, être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
B. ROHMER
L'assesseure la plus ancienne,
A. DOUSSET
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
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Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026