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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417846

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417846

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417846
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantESSOH-EKOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, complétée par un mémoire, enregistré le

16 juillet 2024, ainsi que par des pièces complémentaires, présentées au cours de l'audience, M. B, représenté par Me Essoh Ekoue demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 juin 2024 par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois, à compter de la notification de jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté n'a pas été signé par une personne qui avait compétence pour ce faire ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, ainsi que des pièces, enregistrées le 23 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Véronique Hermann Jager, présidente de

sous-section, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E C ;

- les observations de Me Essoh Ekoue, conseil de M. B, qui présente des pièces pour le requérant et soutient que l'interdiction de retour de douze mois n'a pas pris en compte son insertion professionnelle en France depuis le mois de mars 2021.

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, né le 25 mai 1999, entré en France en 2018, ayant présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office pour les réfugiés et apatrides, le

25 novembre 2019 puis par la cour nationale du droit d'asile, le 17 décembre 2020, et s'étant soustrait à une précédente décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, demande l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D, qui bénéficie d'une délégation du préfet de police, en date du 8 juillet 2024, régulièrement publiée le jour même, au recueil des actes administratifs spécial, pour signer les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise notamment l'article L. 611-1 4 sur le fondement duquel il a été pris et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et exposé de manière suffisante les circonstances de fait relatifs à la situation personnelle et administrative du requérant tout en précisant que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français, la circonstance qu'il ne mentionne pas certains faits n'étant pas de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

6. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si M. B prétend que l'arrêté préfectoral méconnait les dispositions précitées de l'article 8 de la convention précitée au motif qu'il a établi le centre de ses intérêts sur le territoire français, qu'il exerce une activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans charge de famille en France et qu'il ne justifie pas de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu lesdites stipulations, ni même qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Pour obliger M. B à quitter le territoire français sans délai, le préfet de police s'est fondé sur les dispositions du 4° de l'article

L. 611-1. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche " TelemOfpra ", produite en défense par le préfet de police, que la demande d'asile été rejetée par une décision du

25 novembre 2019 du directeur général de l'OFPRA notifiée le 14 décembre 2019, que la cour nationale de droit d'asile a confirmée le 17 décembre 2020. Le rejet de la cour lui a été notifié le 22 décembre 2020, ainsi que l'indique sa fiche TelemOfpra. Si le requérant fait valoir qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays qui n'ont pas été pris en compte par l'OFPRA ni par la CNDA, il ne l'établit pas, n'apportant aucun élément tangible et pertinent au soutien de ses dires Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 ni les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour pour une durée de douze mois :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que si M. B, entré en France en 2018, célibataire et sans charge familiale sur le territoire français s'est soustrait à une obligation de quitter le territoire français en date du 28 décembre 2020, il justifie être salarié de la société Carnot Informatique depuis le 1er mars 2021 et justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée avec son employeur depuis plus de trois ans et exerce son activité professionnelle en qualité de vendeur, démontrant ainsi une insertion professionnelle sur le territoire français. Cette circonstance n'a cependant pas été prise en compte par le préfet de police dans la décision d'interdiction de retour en litige. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet n'a pas tenu compte de sa situation particulière au vu de l'ensemble des critères prévus par la loi lorsqu'il lui a interdit le retour sur le territoire français pour douze mois.

10. Il résulte de ce qui qui précède que M. B M. B est par suite seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 30 juin 2024 faisant à M. B interdiction de retour pour douze mois sur le territoire français est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au ministre de l'intérieur et à Me Essoh Ekoue.

Copie sera adressée au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024 .

La magistrate désignée,

V. E C La greffière,

F. Rajaobelison

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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