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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417881

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417881

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417881
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantMORENO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juillet et 25 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Moreno, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen, un récépissé de renouvellement de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

-elle n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de titre qui est entachée d'illégalité ;

-elle n'est pas suffisamment motivée ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

-par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de titre qui est entachée d'illégalité ;

-elle n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen ;

-elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet de police s'étant estimé en situation de compétence liée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Dousset.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante brésilienne née le 18 octobre 2001 à Beyrouth (Liban) est entrée en France en septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a obtenu une carte de séjour d'un an portant la mention " étudiant " à compter du 2 mars 2020 et renouvelé jusqu'au 2 mars 2023. Par un arrêté du 6 juin 2024, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle par une décision du 15 juillet 2024. Par suite, ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire lui soit accordée sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " dont Mme B était titulaire au motif qu'elle n'avait pas suivi de scolarité au titre de l'année 2022-2023. Il est constant que Mme B a obtenu au titre de l'année universitaire 2021-2022 une licence " Arts- Plastiques ", qu'elle était inscrite à la date de sa demande de renouvellement de son titre de séjour dans une formation de niveau bac + 4 filière " Art et culture - MIA - Marché international de l'art " au sein de l'école ICART, établissement supérieur privé, qu'elle a validé au titre de cette année 60 ECTS et qu'elle était inscrite à la date de la décision attaquée dans le même établissement dans une formation de niveau bac + 5 de la même filière lui permettant également de valider 60 ECTS et d'obtenir un MBA. Dans ces conditions, et quand bien même elle n'a pas suivi de scolarité en 2022-2023, ce que Mme B explique par la possibilité qui lui avait été offerte de poursuive jusqu'en novembre 2023 son stage de troisième année de licence, c'est à tort que le préfet de police, qui ne conteste pas le sérieux, l'assiduité et la cohérence du cursus suivi, a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " de l'intéressée.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 6 juin 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour portant le mention " étudiant " de Mme B doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Moreno, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Moreno d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de Mme B à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 6 juin 2024 est annulé en toutes ses décisions.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Moreno une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Moreno et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3

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