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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417887

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417887

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417887
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantMERIAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 9 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Mériau, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au bénéfice de Me Mériau en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à son bénéfice s'il n'était pas admis à l'aide juridictionnelle application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'a pas perdu son objet dès lors, notamment, qu'il ne s'est vu délivrer à deux reprises une autorisation provisoire de séjour qu'à raison de ses requêtes à fin de suspension, que le préfet de police s'obstine à ne pas lui délivrer le titre de séjour pour motif médical qu'il sollicite alors qu'il remplit de manière non contestée les conditions pour l'obtenir, qu'il ne pourra pas déposer une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour puisque ce dernier a expiré il y a plus de neuf mois ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée dans le cadre d'un refus de renouvellement de titre de séjour, que la décision a pour conséquence directe de le faire basculer en situation irrégulière sur le territoire français, et qu'elle a des conséquences directes sur sa situation personnelle et médicale en compromettant sa prise en charge médicale et en ayant entraîné la suspension du versement de son allocation adulte handicapé et de son allocation de retour à l'emploi ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors dès lors qu'elle est entachée de défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le préfet de police n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs qui lui a été adressée le 15 février 2024, qu'elle viole les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il remplit les conditions prévues par celles-ci, et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par préfet de police de son pouvoir de régularisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de police de Paris conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête doit être regardée comme dépourvue d'objet dès lors qu'il a convoqué le requérant en préfecture le 8 juillet 2024 et qu'il lui a été remis un récépissé l'autorisant à travailler, valable du 8 juillet au 7 août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 mars 2024 sous le numéro 2406142 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 10 juillet 2024 :

- le rapport de M. Delesalle ;

- les observations de Me Mériau, représentant de M. B, qui conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens et indique que la préfecture de police de Paris lui a précisé lors de la remise de son autorisation provisoire de séjour le 8 juillet 2024 que ce serait la dernière qui lui serait délivrée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 21 juillet 1972 et entré en France en 2016 selon ses déclarations, a bénéficié de certificats de résidence algérien d'un an pour motif médical dont le dernier a expiré le 18 juillet 2023 et dont il a sollicité le renouvellement le 19 juin 2023. Il a alors été mis en possession de plusieurs récépissés l'autorisant à travailler. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne les conclusions à fin de non-lieu :

4. Il résulte de l'instruction que si M. B s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour valable du 8 juillet 2024 au 7 août 2024 à la suite de l'introduction de sa requête, le préfet de police de Paris n'entend pas pour autant procéder à l'instruction de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, les conclusions présentées par le requérant tendant à la suspension de l'exécution de la décision implicite du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour ne peuvent être regardées comme ayant perdu leur objet. Par suite, les conclusions à fin de non-lieu présentées par le préfet de police doivent être rejetées.

En ce qui concerne le bien-fondé de la demande de suspension :

5. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. M. B demandant la suspension de l'exécution de la décision refusant de renouveler son certificat de résidence algérien, et le préfet de police de Paris ne faisant état d'aucune circonstance de nature à renverser la présomption d'urgence qui en résulte, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

7. D'autre part, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'absence de motivation et de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police dans l'application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande de M. B et de suspendre l'exécution de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour. Il y a lieu, également, d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer la demande de M. B et, dans l'attente, de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à l'expiration de celle dont il est actuellement en possession, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mériau, son avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à ce dernier. Dans le cas où M. B ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 19 octobre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la demande de M. B et, dans l'attente, de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à l'expiration de celle dont il est actuellement en possession.

Article 4 : L'Etat versera à Me Mériau la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où M. B ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 15 juillet 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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