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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418065

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418065

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418065
TypeDécision
PublicationD
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantMENDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 et 15 juillet 2024, M. E B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le préfet n'a pas examiné le risque que l'Espagne le renvoie dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son père réside en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 777-3-7 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Mendy, avocat commis d'office, représentant M. B, qui reprend les moyens soulevés dans la requête et les précise, en soutenant que le préfet de police n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B, que s'il n'existe pas de défaillance systémique en Espagne quant à l'examen des demandes d'asile, il ne dispose pour autant d'aucune garantie que les autorités de ce pays ne le renverront pas dans son pays d'origine et que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, compte tenu de l'âge auquel il est entré sur le territoire français et de la présence en France de son père,

- les observations de M. B, assisté de M. F, interprète en langue soninké, qui s'en remet aux observations de son conseil,

- et les observations de Mme A, représentant le préfet de police, qui fait valoir que la personne que le requérant présente comme son père est présente sur le territoire français depuis 1998 et que le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles l'Espagne n'examinera pas sa demande d'asile et le renverra dans son pays d'origine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant mauritanien, né le 15 décembre 2000, a sollicité en avril 2024 la reconnaissance de la qualité de réfugié. Par l'arrêté contesté du 27 juin 2024, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles, qu'il a regardées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par Mme C D, responsable du pôle asile à la préfecture de police, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". L'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige, ainsi que des pièces versées aux débats, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de décider son transfert aux autorités espagnoles.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". En outre, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer M. B vers son pays d'origine mais décide le transfert de l'intéressé aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'Espagne est un État membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il ne ressort pas des pièces versées aux débats que la situation dans ce pays serait caractérisée par l'existence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs ou qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de transfert aux autorités espagnoles, le requérant ne bénéficierait pas d'un examen de sa situation dans des conditions réunissant l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". En outre, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. " Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". M. B, qui déclare être entré en France le 26 février 2024, soit environ quatre mois avant l'édiction de l'arrêté en litige, se prévaut de la présence sur le territoire national de son père. La préfecture a toutefois fait valoir à l'audience, sans être utilement contredite, que la personne présentée par le requérant comme son père est présente sur le territoire français depuis 1998 et M. B ne fait état d'aucun autre lien personnel ou familial en France. Dans ces conditions, compte tenu notamment du caractère récent de son entrée sur le territoire et de l'intensité de ses attaches familiales et personnelles en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne décidant pas d'examiner sa demande d'asile sur le fondement des dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou qu'il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418065/8

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