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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418066

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418066

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418066
TypeDécision
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, M. C B A, représenté par Me de Seze, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision du 22 avril 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a procédé à la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la décision le place dans une situation de précarité manifeste.

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une irrégularité de procédure ;

- elle est entachée d'une privation de garantie en l'absence d'information sur la possibilité de bénéficier d'un examen de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une absence de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 mai 2024, sous le n° 2413834, tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt, vice-président de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de

Mme Darthout, greffière d'audience :

- le rapport de M. Ladreyt,

- les observations de Me de Seze, avocat de M. B A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens,

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité soudanaise, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 14 novembre 2023 par la préfecture. Par la présente requête, M. B A demande la suspension de la décision du 22 avril 2024 par laquelle l'OFII a procédé à la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. En l'espèce, alors que M. B A, établit que la décision le place dans une situation de précarité manifeste, dès lors, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition relative à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité la décision attaquée :

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un courriel envoyé par France terre d'asile, que depuis le 23 janvier 2024, et malgré des sms envoyés et un courrier mis dans sa boîte aux lettres, il a été impossible de remettre à M. B A une convocation à se présenter en hébergement. Par suite, l'OFII ne peut soutenir que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux rendez-vous fixés. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste quant à l'appréciation de la situation personnelle du requérant, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

7. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'OFII a procédé à la cessation des conditions matérielles d'accueil du requérant.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint à l'OFII d'accorder à M. B A les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit nécessaire à ce stade d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Seze en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où M. B A, ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision par laquelle l'OFII a procédé à la cessation des conditions matérielles d'accueils de M. B A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII d'accorder les conditions matérielles d'accueil à M. B A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me de Seze, avocat de M. B A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où M. B A ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente requête sera notifiée à M. C B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Paris le 15 juillet 2024.

Le juge des référés,

J-P. LADREYT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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