mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418075 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 3 et 10 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Cardoso, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant le réexamen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, à lui verser, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors qu'au regard de la jurisprudence cette condition est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour et que les décisions ont des conséquences d'une extrême gravité sur sa situation personnelle ; en effet, les décisions ont pour effet de la placer dans une situation irrégulière la privant ainsi de la possibilité de poursuivre une activité professionnelle et préjudicient à la stabilité de sa vie personnelle ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité des décisions du préfet de police ; en effet, le refus de renouvellement de son titre de séjour a été pris par une autorité incompétente et à l'issue d'une procédure irrégulière en ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) n'a pas été produit, ce qui ne permet pas l'identification du contenu du rapport médical ou de son auteur ni de s'assurer que le médecin ayant établi le rapport médical ne siégeait pas au sein du collège, méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ; la décision l'obligeant à quitter le territoire est illégale en ce que la décision de refus de renouvellement de son titre est illégale, qu'elle a été prise par une autorité incompétente et à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de l'avis du collège des médecins de l'OFII sur la possibilité de voyager sans risque, qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 541-1, L. 541-2 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire français durant l'examen de la demande d'asile de sa fille, les dispositions des articles L. 611-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; la décision fixant le pays de renvoi est illégale en ce que la décision de refus de renouvellement de son titre est illégale et en ce qu'elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 10 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le dossier de la requête au fond enregistrée le 3 juillet 2024 sous le n° 2418074 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 11 juillet 2024, en présence de Mme Canaud, greffière d'audience :
- le rapport de M. Fouassier,
- les observations de Me Cardoso, représentant Mme A, qui maintient ses conclusions et moyens,
- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, au regard de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination, et du défaut d'urgence et du caractère infondé des moyens soulevés s'agissant du refus de titre de séjour.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 23 septembre 1989, a bénéficié, en raison de son état de santé, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 avril 2021 au 15 avril 2022 qui a fait l'objet d'un renouvellement jusqu'au 3 juillet 2023. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre auprès des services de la préfecture de police. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
4. Il résulte des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le dépôt d'une requête en annulation contre une décision portant obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette obligation. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, dont elle demande l'annulation dans sa requête au fond, sont sans objet et, par suite, irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés soulevés à l'encontre de la décision refusant à Mme A le renouvellement du titre de séjour dont elle était titulaire, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Les conclusions à fin de suspension, d'injonction et d'astreinte, présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 précité doivent être, par suite, rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Cardoso et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
C. FOUASSIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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