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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418096

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418096

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418096
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Maillard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 31 août 2023 portant classement sans suite révélant un rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de ma notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui accorder, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions sous la même astreinte ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de Paris de poursuivre l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, dans les deux cas, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros hors taxe sur la valeur ajoutée à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou à lui verser dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée dans le cadre d'un refus de renouvellement du droit au séjour et du basculement d'une situation administrative régulière à irrégulière comme en l'espèce, d'une part, et que la décision attaquée le place dans une situation d'extrême précarité administrative et économique, dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale, de poursuivre une activité professionnelle et de renouveler sa couverture maladie et qu'il est contraint de vivre dans l'anxiété permanente d'un contrôle de sa situation administrative, et ce depuis une durée anormalement longue, d'autre part ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'incompétence de son auteur, qu'elle est dépourvue de la mention de la mention de son auteur, de sa qualité et de sa signature en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qu'elle est entachée d'insuffisance de motivation, qu'elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, qu'elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a transmis les pièces sollicitées, qu'elle est entachée d'erreur de droit dès lors que son dossier était complet et sa demande recevable tant en ce qui concerne sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " au titre des articles L. 423-23 ou L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des termes des points 37 ou 47 de l'annexe 10, qu'en ce qui concerne sa demande de titre de séjour mention " salarié " au titre de l'article L. 421-2 du même code au regard des termes de l'article R. 431-11, du point 1 de l'annexe 10 et de la dérogation prévue à l'article R. 5221-2 du code du travail, qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23, qu'elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 juillet 2024 sous le numéro 2418097 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 10 juillet 2024 :

- le rapport de M. Delesalle ;

- les observations de Me Maillard, représentant de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision méconnaît l'autorité de chose jugée attachée au jugement n° 2107135 du 15 juillet 2021 du tribunal administratif annulant l'arrêté du 7 juillet 2020 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour pour motifs médicaux en raison de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquence de cette décision sur sa situation personnelle et enjoignant la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " fondé par conséquent sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'autorisation de travail n'était pas requise en vertu de l'article R. 5221-2 du code du travail ;

- les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que M. A ne justifie pas avoir présenté un dossier complet de demande de titre de séjour mention " salarié ".

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant burkinabé né le 1er janvier 1982 est entrée sur le territoire français en 2013 selon ses déclarations. Il a été titulaire de deux titres de séjour mention " vie privée et familiale " dont le dernier, délivré en exécution d'une injonction prononcée par le tribunal, a expiré le 8 août 2022. Il en a sollicité le renouvellement le 27 juillet 2022 et a été mis en possession d'un récépissé valable jusqu'au 9 octobre 2023 l'autorisant à travailler. Il a toutefois sollicité un changement de statut en vue de l'obtention d'un titre de séjour mention " salarié ". Par un courriel du 15 janvier 2024, M. A a été informé que sa demande de titre de séjour mention " salarié " a été classée sans suite le 31 août 2023. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de classement sans suite prise le 31 août 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. M. A demandant la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande de titre de séjour mention " salarié ". Le requérant, qui était précédemment titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et a sollicité un changement de statut en vue de l'obtention d'un titre de séjour mention " salarié ", ne peut bénéficier de ce fait d'une présomption d'urgence. Toutefois, il résulte de l'instruction que du fait du classement sans suite de sa demande et de l'absence de titre de séjour l'autorisant à travailler, son employeur a suspendu l'exécution de son contrat de travail le 17 mai 2024. Par suite, la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de M. A, lequel justifie ainsi de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente du jugement statuant sur le fond. Il en résulte que la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité :

6. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour en raison du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents exigés pour l'examen de la demande.

7. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". La liste des pièces exigées pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " est fixée au point 1 de l'annexe 10, lequel prévoit notamment au 3 que doit être fournie une autorisation de travail correspondant au poste envisagé " lorsque la demande est effectuée pour un changement de statut après une carte de séjour n'autorisant pas l'activité salariée ".

8. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". En vertu du I de l'article R. 5221-1 du même code, pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du code du travail. En vertu des dispositions du 4° et du 16° de l'article R. 5221-2 de ce code, sont respectivement dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1, les titulaires de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " délivrée notamment en application des articles L. 423-23 ou L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les titulaires d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un document provisoire de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler ".

9. Il résulte de l'instruction que, ainsi qu'il a été indiqué au point 5, M. A a déposé une demande de titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courriel du 31 mai 2023, le service instructeur, estimant que sa demande était incomplète, l'a invité à lui communiquer, s'il exerçait une activité professionnelle, une autorisation de travail, son contrat de travail, une attestation employeur et ses trois derniers bulletins de salaire. Par deux courriels des 14 et 15 juin 2023, l'intéressé a de nouveau été invité à produire une autorisation de travail en l'informant de la nécessité de le faire. Il ressort du courriel du 15 janvier 2024 qui lui a été adressé par les services de la préfecture de police en réponse à sa demande relative au renouvellement de son récépissé, que sa demande de titre de séjour a été classée sans suite en l'absence de réponse de sa part concernant la demande de compléments qui lui avait été adressée. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet de police en exigeant de M. A la production d'une autorisation de travail alors que ce dernier en était dispensé en vertu des dispositions combinées de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du point 1 de l'annexe 10 à ce code et des dispositions du 16° de l'article R. 5221-2 du code du travail qui doivent être regardées comme invoquées dès lors qu'il était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle fait grief.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 9 qu'il y a lieu de faire droit à la demande de M. A et de suspendre l'exécution de la décision de classement sans suite du 31 août 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le juge des référés statuant par des mesures qui présentent un caractère provisoire en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, la demande de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ne saurait être accueillie. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer la demande de titre de séjour mention " salarié " présentée par M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Maillard, son avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à ce dernier. Dans le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 31 août 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a classé sans suite la demande de titre de séjour mention " salarié " présentée par M. A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris d'enregistrer la demande de titre de séjour mention " salarié " présentée par M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Article 4 : L'Etat versera à Me Maillard la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 15 juillet 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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