mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418210 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | SALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 juillet et 3 août 2024, M. A B, représenté par Me Sall demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à l'effacement de son inscription au fichier des personnes recherchées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet a méconnu les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas été en mesure de présenter des observations avant l'édiction de l'arrêté attaqué en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la durée de l'interdiction méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 25 et 26 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Sall qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures et qui soutient en outre qu'il a formé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il est marié religieusement et vit en concubinage avec sa femme et ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité ivoirienne, né le 22 avril 1994 allègue être entré en France en 2017. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. C E, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que de toutes les décisions en découlant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté comme inopérant. En tout état de cause, si M. B fait valoir qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision attaquée, il ne se prévaut d'aucun élément qui aurait pu influer sur le sens de la décision qu'il conteste. Par suite son moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
5. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Contrairement à ce que M. B soutient, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En dernier lieu, il résulte des termes de la décision que le préfet s'est fondé sur la circonstance que le requérant avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le
23 mars 2022 à laquelle il n'a pas déféré. Si le requérant soutient que le préfet de police ne justifie pas de l'existence de cette mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier,
et notamment de la fiche de M. B au Fichier National des Etrangers produite en défense, que M. B a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 22 mars 2022 et notifié le 8 avril suivant.
Si M. B soutient que l'arrêté contesté est dépourvu de base légale dès lors que la mesure d'éloignement est caduque du fait de l'écoulement d'un délai supérieur à un an, aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit une telle caducité. Par ailleurs, il ne justifie pas résider en France depuis 2017 et ne produit pas de pièce suffisante démontrant l'existence d'une communauté de vie avec sa femme et ses trois enfants ou de sa participation à leur éducation et entretien. Enfin, s'il fait valoir à l'audience qu'il a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le seul certificat médical adressé à l'OFII n'est pas à lui seul de nature à démontrer qu'une demande de titre de séjour aurait été formée. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation et sans méconnaitre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que le préfet de police a pu prendre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
Le magistrat désigné,
J. F
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.