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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418250

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418250

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418250
TypeDécision
PublicationD
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantLAMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions des articles 8 à 11 et 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que son père est de nationalité française ;

- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 777-3-7 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné

- les observations de Me Lamer, avocat commis d'office, représentant M. A, qui reprend les moyens soulevés dans la requête et les précise en soutenant, d'une part, que l'entretien individuel réalisé par les services de la préfecture a été lacunaire, notamment sur la situation familiale du requérant et, d'autre part, que, compte tenu de la situation personnelle de l'intéressé, et plus particulièrement de la présence en France de son père, l'arrêté méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue soninké, qui se prévaut de sa vie familiale en France, et plus particulièrement de la présence de son père,

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de police, qui fait valoir que le requérant a indiqué lors de l'entretien individuel ne pas avoir de famille en France et que la personne qu'il présente aujourd'hui comme son père, vis-à-vis de laquelle il n'établit pas de lien de dépendance, est présente sur le territoire français depuis plus de dix ans.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant mauritanien, né le 30 décembre 1997, a sollicité en avril 2024 la reconnaissance de la qualité de réfugié. Par l'arrêté contesté du 28 juin 2024, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles, qu'il a regardées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ". M. A doit être regardé comme s'étant prévalu à l'audience de la méconnaissance de ces dispositions. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'entretien individuel, mené le 23 avril 2024 dans les locaux de la préfecture de police, a permis au requérant, qui a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue soninké, de donner des informations circonstanciées sur son parcours et sa situation personnelle. En outre, le requérant a certifié sur l'honneur que les renseignements le concernant étaient exacts et signé le compte-rendu d'entretien. Dès lors, le moyen soulevé doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre () ". En outre, aux termes de l'article 9 de ce même règlement : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Par ailleurs, l'article 13 de ce règlement dispose : " 1. Lorsqu'il est établi () que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () ". Enfin, selon l'article 2 de ce règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable (), / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national, / - lorsque le demandeur est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du demandeur (), / - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du bénéficiaire de par le droit ou la pratique de l'État membre dans lequel le bénéficiaire se trouve () ".

4. M. A, dont les empreintes ont été relevées par les autorités espagnoles le

30 janvier 2024, ne conteste pas être entré sur le territoire de l'Union européenne depuis un Etat tiers en franchissant irrégulièrement les frontières de l'Espagne, avant de se rendre en France. S'il se prévaut de la présence en France de son père, ce dernier ne peut, à supposer même que le lien de filiation puisse être considéré comme établi, être regardé comme un membre de sa famille au sens et pour l'application des dispositions précitées des articles 2 et 9 du règlement du 26 juin 2013, dès lors que le requérant est majeur. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application de ces dispositions, ainsi que de celles de l'article 13 du même règlement, en décidant son transfert aux autorités espagnoles.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". M. A, qui déclare être entré sur le territoire français le 15 avril 2024, soit moins de trois mois avant l'édiction de l'arrêté en litige, se prévaut de la présence en France de son père, de nationalité française. Cette seule circonstance, à la supposer établie, ne suffit toutefois pas à caractériser une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté en litige a été pris, eu égard au caractère récent de l'entrée sur le territoire français du requérant, à son âge et à l'intensité de ses attaches familiales et personnelles en France. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne décidant pas d'examiner sa demande d'asile sur le fondement des dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 ou une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté de transfert en litige sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.

Jugement lu en audience publique le 19 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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