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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418258

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418258

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418258
TypeOrdonnance
Avocat requérantTRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024 M. B C, représenté par Me Tran, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à la Ville de A de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique, et de prendre en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de A une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, ou à lui verser directement en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il dispose de la capacité pour agir en justice quand bien même il est un mineur non émancipé ;

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il se trouve dans une situation d'extrême précarité, dort à la rue et se nourrit grâce à des associations mais de façon aléatoire, souffre d'importants maux de tête et ne dispose d'aucune famille ni amis en France ;

- l'appréciation portée par la Ville de A sur son absence de qualité de mineur isolé est manifestement erronée au regard notamment des documents d'état civil et de la caté d'identité consulaire qu'il produit, et la carence de l'administration dans l'accomplissement de sa mission définie à l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale au droit de ne pas être soumis à des traitement inhumains et dégradants, à l'exigence de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant et au principe de la dignité humaine compte tenu du risque immédiat de mise en danger de sa santé et de sa sécurité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, la Ville de A, représentée par la SELAS Seban et associés, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- l'arrêté du 20 novembre 2019 pris en application de l'article R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles relatif aux modalités de l'évaluation des personnes se présentant comme mineures et privées temporairement ou définitivement de la protection de leur famille ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Migeon, greffière :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;

- les observations de Me Tran, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et précise que M. C dort dans une tente dans la rue, du côté de la porte de Montreuil après avoir été contraint de quitter avec d'autres mineurs E le secteur de Pont-Marie, qu'il est de ce fait isolé et plus exposé à des dangers, qu'il se nourrit grâce aux associations les " Restos du Cœurs " et " Halte humanitaire " dans les secteurs de Ménilmontant et de Château Rouge, mais ne se procure pas de nourriture tous les jours compte tenu du nombre de personnes et de l'absence de distribution le week-end, qu'il bénéfice de soins une fois par semaine auprès de l'association " Médecins du Monde ", que ses documents d'état civil sont en cours d'authentification, qu'il les a obtenus par l'intermédiaire d'un cousin résidant en Guinée qui a mobilisé ses parents, que le " QR code " figurant sur le jugement supplétif renvoie à ses données d'identité, que l'ambassade de Guinée en France est commune à Israël et au Portugal ainsi que cela résulte du site de l'ambassade et qu'il a été séparé de son oncle dès son arrivée en Espagne pour être envoyé à Madrid quand bien même il était mineur ainsi que cela arrive fréquemment et que l'adresse figurant sur sa carte d'identité consulaire est celle du bénévole l'accompagnant comme cela résulte d'échanges de messages sur téléphone ;

- et les observations de la SELAS Seban et associés, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui allègue être un ressortissant guinéen âgé de dix-sept ans car né le 7 mai 2007, s'est présenté à l'accueil pour mineurs E de A le 6 février 2024 pour bénéficier d'une évaluation de sa minorité et de son isolement. Il a été reçu le 12 février 2024 pour un entretien d'évaluation à l'issue duquel sa minorité n'a pas été admise et la Ville de A, par une décision du 13 février 2024, a refusé de le prendre en charge. M. C a alors saisi le 23 février 2024 le juge des enfants du tribunal judiciaire de A afin de constater la situation de danger au sens de l'article 375 du code civil dans laquelle il se trouve et d'ordonner, dans l'attente d'une audience, son placement immédiat à l'aide sociale à l'enfance de A en application de l'article 375-5 du code civil. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la Ville de A de procéder à son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique, et de prendre en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de vingt-quatre heures jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il résulte suffisamment de l'instruction, et notamment des déclarations circonstanciées faites lors de l'audience, que M. C, qui est entré sur le territoire français au mois de février 2024, est dépourvu d'hébergement et de ressources et dort actuellement dans une tente dans la rue. Par ailleurs, il se procure de façon irrégulière de la nourriture auprès d'associations. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui sera précisé au point 11 sur sa minorité, et quand bien même il n'a saisi le juge des référés que plusieurs mois après le refus opposé par la Ville de A et la saisine du juge des enfants, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

S'agissant du cadre juridique :

5. Aux termes du premier aliéna de l'article 375 du code civil : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () / 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance ; / () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 375-5 de ce code : " A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure. () ".

6. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ; / () / 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; / 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation () ; / () ". L'article L. 222-5 du même code dispose que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ; / () ". L'article L. 223-2 de ce code dispose que : " Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil ". L'article R. 221-11 du même code dispose que : " I.-La durée de l'accueil provisoire d'urgence prévu au I de l'article L. 221-2-4 est de cinq jours à compter du premier jour de la prise en charge de la personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille. L'accueil peut être prolongé deux fois pour la même durée. Le président du conseil départemental informe sans délai le procureur de la République de cet accueil et de ses éventuelles prolongations. / II.-L'évaluation de la minorité et de l'isolement prévue au II de l'article L. 221-2-4 est réalisée pendant la période d'accueil provisoire d'urgence et après que la personne accueillie a bénéficié d'un temps de répit. / III.-Au cours du temps de répit, le président du conseil départemental identifie les besoins en santé de la personne accueillie en vue, le cas échéant, d'une orientation vers une prise en charge adaptée. Les éléments obtenus à cette occasion ne peuvent pas être utilisés pour évaluer la minorité et la situation d'isolement de la personne accueillie. / La durée du temps de répit est déterminée par le président du conseil départemental en fonction de la situation de la personne accueillie au moment où elle se présente, en particulier de son état de santé physique et psychique ainsi que du temps nécessaire pour que la personne soit informée, dans une langue qu'elle comprend, des modalités et des enjeux attachés à l'évaluation. / IV.-L'évaluation de la minorité et de l'isolement est organisée selon les modalités précisées dans un référentiel national fixé par arrêté des ministres de la justice et de l'intérieur ainsi que des ministres chargés de l'enfance, des collectivités territoriales et de l'outre-mer. / Les entretiens sont conduits par des professionnels justifiant d'une formation ou d'une expérience définie par arrêté des ministres mentionnés à l'alinéa précédent dans le cadre d'une approche pluridisciplinaire. Ces entretiens se déroulent dans une langue comprise par la personne accueillie. / () / VI.-Au terme du délai mentionné au I ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental rend la décision prévue par le septième alinéa du II de l'article L. 221-2-4 et, le cas échéant, saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 aux fins d'application du deuxième alinéa de l'article 375-5 du code civil. Dans ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge jusqu'à la décision de l'autorité judiciaire. / Si le président du conseil départemental estime que la situation de la personne accueillie ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions de l'article R. 223-2 du code de l'action sociale et des familles. Dans ce cas, l'accueil provisoire d'urgence prend fin. / VII.-Lorsqu'une personne qui a été évaluée majeure saisit l'autorité judiciaire en application de l'article 375 du code civil, le président du conseil départemental, dès qu'il en a connaissance, en informe le préfet de département et, à A, le préfet de police, et lui notifie la date de la mesure d'assistance éducative éventuellement prononcée par l'autorité judiciaire ". En vertu de l'article R. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, ces décisions d'attribution, de refus d'attribution, de modification de la nature ou des modalités d'attribution d'une prestation doivent être motivées et leur notification doit mentionner les délais et modalités de mise en œuvre des voies de recours.

7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux autorités du département, et, à A, à la Ville de A, le cas échéant dans les conditions prévues par la décision du juge des enfants ou par le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

8. Il en résulte également que, lorsqu'il est saisi par un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période provisoire de cinq jours prévue par l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, décider de saisir l'autorité judiciaire mais ne peut, en aucun cas, décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire l'ait ordonné. L'article 375 du code civil autorise le mineur à solliciter lui-même le juge judiciaire pour que soient prononcées, le cas échéant, les mesures d'assistance éducative que sa situation nécessite. Lorsque le département refuse de saisir l'autorité judiciaire à l'issue de l'évaluation mentionnée au point 5 ci-dessus, au motif que l'intéressé n'aurait pas la qualité de mineur isolé, l'existence d'une voie de recours devant le juge des enfants par laquelle le mineur peut obtenir son admission à l'aide sociale rend irrecevable le recours formé devant le juge administratif contre la décision du département.

9. Il appartient toutefois au juge du référé, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'il lui apparaît que l'appréciation portée par le département sur l'absence de qualité de mineur isolé de l'intéressé est manifestement erronée et que ce dernier est confronté à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d'enjoindre au département de poursuivre son accueil provisoire.

10. Enfin, l'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'actes d'état civil étrangers peut être combattue par tout moyen, notamment au vu de données extérieures, le juge formant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

S'agissant de l'application au cas d'espèce :

11. Pour refuser de prendre en charge M. C, la maire de A s'est fondée sur la circonstance que son fort degré d'autonomie et de maturité manifesté par son choix de quitter l'Espagne pour la France sans son oncle n'était pas compatible avec son âge allégué, sur l'absence d'élément donné quant à sa prise en charge en tant que mineur en Espagne, et sur l'absence de production de tout document d'identité. Le requérant produit toutefois devant le juge des référés, outre une copie d'une carte consulaire délivrée par l'ambassade de Guinée en France le 4 juin 2024, des actes d'état civil consistant en une copie du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance pris par le tribunal de première instance de Dixinn, en Guinée, du 29 décembre 2023 et une copie légalisée d'un extrait du registre de l'état civil le transcrivant en date 25 mars 2024 mentionnant le 7 mai 2007 comme date de naissance, et dont les orignaux ont été remis au tribunal pour enfants de A comme cela résulte du procès-verbal de réception du 26 avril 2024. Il résulte suffisamment des indications circonstanciées données lors de l'audience, et il n'est pas sérieusement contesté, que ces documents ont été obtenus grâce à l'intervention d'un cousin de M. C en Guinée, qui a sollicité ses parents, et qu'ils lui ont été envoyés en France par sa mère avec l'aide financière de l'association solidaire avec les exilé.es / Mineurs E ainsi qu'en atteste le 20 juin 2024 le bénévole de celle-ci l'ayant accompagné dans ses démarches. Si ces documents d'état civil ne comportent pas la photographie du requérant ainsi que le fait valoir la Ville de A, celle-ci ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire applicable en Guinée, et notamment d'aucune disposition du code civil, qui l'exigerait. En outre, le " QR Code " figurant sur le jugement supplétif produit renvoie effectivement aux données d'identité de M. C ainsi que cela a pu être constaté contradictoirement lors de l'audience. Par ailleurs, les documents d'état civil ne présentent aucune incohérence manifeste ainsi que l'admet la Ville de A et aucun élément ne permet de remettre en cause leur force probante résultant de l'article 47 du code civil, notamment pas les circonstances insuffisamment précises relevées par la Ville de A à la suite du rapport d'évaluation, lequel a au demeurant relevé que la frise chronologique constituée à partir du croisement des indications données par M. C était cohérente. Au surplus, le requérant s'est vu délivrer, le 4 juin 2024, une carte d'identité consulaire au regard de ces documents, par l'ambassade de Guinée en France, avec l'aide d'un représentant d'une association, qui en atteste et a accepté que son adresse personnelle y figure ainsi que cela est résulté de l'audience. Si cette carte mentionne Israël et le Portugal à côté de la France, il résulte de l'instruction, et notamment de la consultation de son site officiel, que, ainsi que l'a relevé le requérant lors de l'audience sans être contesté, l'ambassade de Guinée en France est commune à ces trois pays. Enfin, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que M. C est isolé sur le territoire français, quand bien même il bénéficie d'un accompagnement par une association. Dans ces conditions, l'appréciation portée par la Ville de A sur l'absence de qualité de mineur isolé de M. C apparaît, en l'état de l'instruction, manifestement erronée et révèle, à la date de la présente ordonnance, au vu de la situation de l'intéressé et du risque immédiat de mise en danger de sa santé et de sa sécurité, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la maire de A d'assurer l'hébergement de M. C dans une structure adaptée à son âge et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présence ordonnance, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se prononce sur sa minorité. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. M. C étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. En application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de A le versement d'une somme de 800 euros à Me Tran, avocate de M. C, sous réserve pour celle-ci de renoncer à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où M. C ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de A d'assurer l'hébergement de M. C dans une structure adaptée à son âge et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présence ordonnance, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se prononce sur sa minorité.

Article 3 : Dans l'hypothèse où M. C serait admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la Ville de A versera la somme de 800 euros à Me Tran, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où M. C ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la Ville de A et à Me Tran.

Fait à A, le 5 juillet 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, du travail et des solidarités et au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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