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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418273

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418273

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418273
TypeDécision
Avocat requérantZALCBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Zalcberg, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision n°9722024/HFCDS/DSD du 30 mai 2024 par laquelle la direction de la sécurité diplomatique du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a refusé de délivrer l'habilitation " Très Secret Défense " à M. B C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de produire les motifs ayant justifié la décision n°9722024/HFCDS/DSD du 30 mai 2024 dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer l'habilitation requise pour l'exercice de ses fonctions actuelles dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2100 TTC euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'il encourt une perte de revenus ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée en ce que :

.elle est entachée d'incompétence ;

.elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

. elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

.elle est dépourvue de base légale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête de M. C.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2418272 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- l'arrêté du 27 décembre 2016 fixant les modalités d'exercice des missions du haut fonctionnaire correspondant de défense et de sécurité au ministère des affaires étrangères ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 10 juillet 2024 en présence de Lydie Sueur, greffière d'audience, M. Ladreyt a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Zalcberg, avocat de M. C, qui conclut par les mêmes moyens aux mêmes fins que sa requête ;

- et les observations de Mme A, représentant le ministère de l'Europe et des affaires étrangères, qui a repris les termes du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a intégré le corps des attachés des systèmes d'information et de communication au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères en 1999. Il a été nommé, sous réserve de l'obtention d'une habilitation de sécurité, au poste d'adjoint au responsable station régionale auprès de l'ambassade de France à Pékin (Chine) à compter du 1er aout 2023. Par une décision n°9722024/HFCDS/DSD du 30 mai 2024, l'habilitation demandée pour occuper le poste auquel il a été nommé lui a été refusée. Par un courrier en date du 20 juin 2024, M. C a formé un recours préalable contre la décision contestée auprès du directeur général de l'administration et de la modernisation du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Par la présente requête, M. C demande la suspension de la décision du 30 mai 2024.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Par un arrêté 14 aout 2023, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a nommé M. D E en qualité de directeur de la sécurité diplomatique. En application de l'article 2 de l'arrêté du 27 décembre 2016 fixant les modalités d'exercice des missions du haut fonctionnaire correspondant de défense et de sécurité au ministère des affaires étrangères, le directeur général de l'administration et de la modernisation est assisté du directeur de la sécurité diplomatique en qualité de haut fonctionnaire adjoint. Ainsi, il avait la qualité requise pour refuser cette habilitation. Dès lors, le moyen tiré de son incompétence ne peut être qu'écarté. Par ailleurs, le moyen tiré du délai anormalement long du traitement de la demande d'habilitation ne peut être que rejetée, puisqu'il ressort des pièces du dossier que le retard a été causé par l'intéressé.

4. Le moyen tiré de l'habilitation " confidentiel défense " obtenue par M. C est inopérant, puisque cette habilitation a expiré au 14 avril 2024, avant que la décision litigieuse intervienne.

5. Si M. C allègue que l'habilitation " Très secret défense " lui a été refusée en raison de son état de santé, il ressort des pièces du dossier que le refus lui a été opposé suite à des imprudences répétées, et un comportement inadapté. Il a notamment publié sur un réseau social qu'il travaillait pour la direction centrale du renseignement intérieur, il a pris contact avec un porte-parole d'un groupe de cyber pirate, sans mandat et depuis son domicile. Il ressort également du dossier qu'il a une forte instabilité émotionnelle, et n'est pas clair quant à sa consommation de stupéfiants et d'alcool. Par suite, le refus d'habilitation " Très secret défense " n'est pas discriminatoire, mais fondé sur des critères objectifs relatifs aux enjeux de défense nationale.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'affectation au poste d'adjoint au responsable du centre régional d'assistance des systèmes d'information et de communication de Pékin était soumise à l'habilitation " Très secret défense " en raison de la localité particulièrement sensible en matière de sécurité de l'information. Dès lors le moyen tiré de l'absence de base légale ne peut être que rejeté.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, en l'absence de moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Fait à Paris, le 17 juillet 2024.

Le juge des référés,

J-P. LADREYT

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2418273

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