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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418274

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418274

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418274
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantEL AMOUDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine obligeait M. C, ressortissant pakistanais, à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a jugé que le préfet avait méconnu les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car M. C avait introduit une demande d'asile le 3 juin 2021 et bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'OFPRA. Par conséquent, l'obligation de quitter le territoire français a été annulée, ainsi que les décisions subséquentes concernant le délai de départ, le pays de destination, l'interdiction de retour et le signalement aux fins de non-admission.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 juin et 7 août 2024,

M. A C, représenté par Me El Amoudi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- le refus de lui accorder un délai départ volontaire est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne présentait pas de risque de fuite au sens de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le signalement aux fins de non admission l'empêche de régulariser sa situation dans un autre pays et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'il n'avait pas fait de démarche pour régulariser sa situation alors qu'il avait sollicité l'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne pouvait être pas éloigné en raison de sa demande d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 33 de la convention de Genève.

Des pièces ont été enregistrées le 30 juillet 2024 par le préfet des Hauts-de-Seine.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me El Amoudi, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 25 mai 1999, déclare être entré en France en 2020. Par un arrêté du 27 juin 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des

Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". M. C a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'étranger qui demande l'asile a le droit de se maintenir à ce titre sur le territoire national jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui a été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile, jusqu'à la date de lecture en audience de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de sa notification.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a sollicité son admission au séjour titre de l'asile le 3 juin 2021 comme en atteste l'attestation de demande d'asile produite au dossier. Par ailleurs, M. C avait déclaré lors de son audition en date du 27 juin 2024 avoir sollicité l'asile en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier, comme il le soutient, que sa demande aurait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi et à défaut pour le préfet des Hauts-de-Seine de produire notamment la fiche telemofpra relative à l'état des procédures de demande d'asile, le requérant est fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions des 27 juin 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, qui sont dépourvues de base légale et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de

non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. C qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 27 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

Le magistrat désigné,

J. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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