vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418370 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | LAMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, M. D C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles.
Il soutient que :
- il ne peut retourner en Espagne, où il risque d'être renvoyé dans son pays d'origine et où il n'a ni famille ni ami ;
- son avenir est en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 777-3-7 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,
- les observations de Me Lamer, avocat commis d'office, représentant M. C, qui reprend les moyens soulevés dans la requête et les précise en soutenant que, compte tenu de la situation personnelle de M. C, notamment la présence en France de son frère, l'arrêté de transfert méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- les observations de M. C, assisté de M. A interprète en langue soninke, qui s'en remet aux observations de son conseil,
- et les observations de Mme B, représentant le préfet de police, qui fait valoir que le requérant a indiqué lors de l'entretien individuel n'avoir aucun membre de sa famille en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant mauritanien, né le 15 février 1997, a sollicité en avril 2024 la reconnaissance de la qualité de réfugié. Par l'arrêté contesté du 27 juin 2024, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles, qu'il a regardées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, si M. C soutient que les autorités espagnoles le renverront en Mauritanie, il n'apporte aucun élément permettant de justifier qu'en cas de transfert à ces autorités, il ne bénéficierait pas d'un examen de sa situation dans des conditions réunissant l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Le moyen soulevé doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre () ". En outre, aux termes de l'article 9 de ce même règlement : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Par ailleurs, l'article 13 de ce même règlement dispose : " 1. Lorsqu'il est établi () que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () ". Enfin, selon l'article 2 de ce règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable (), / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national, / - lorsque le demandeur est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du demandeur (), / - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du bénéficiaire de par le droit ou la pratique de l'État membre dans lequel le bénéficiaire se trouve () ".
4. M. C, dont les empreintes ont été relevées par les autorités espagnoles le 15 février 2024, ne conteste pas être entré sur le territoire de l'Union européenne depuis un Etat tiers en franchissant irrégulièrement la frontière de l'Espagne. S'il se prévaut de la présence en France de son frère, ce dernier ne peut être regardé comme un membre de sa famille au sens et pour l'application des dispositions précitées des articles 2 et 9 du règlement du 26 juin 2013. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application de ces dispositions, ainsi que de celles de l'article 13 du même règlement, en décidant son transfert aux autorités espagnoles.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". M. C, entré sur le territoire français au plus tôt en février 2024, soit moins de cinq mois avant l'édiction de l'arrêté en litige, soutient qu'il est isolé en Espagne, se prévaut, sans l'établir, de la présence en France de son frère et ne fait état d'aucun autre lien personnel ou familial en France. Dans ces conditions, eu égard à la faible ancienneté de sa présence sur le territoire national et à l'intensité de ses attaches personnelles en France, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne décidant pas d'examiner sa demande d'asile sur le fondement des dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 ou une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police.
Jugement lu en audience publique le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M. GUALANDI
La greffière
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026