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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418389

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418389

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418389
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui contestait les arrêtés du préfet de police du 4 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de trente-six mois. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de motivation, de la violation des droits de la défense et de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a jugé que la décision d'éloignement n'était pas fondée sur une menace à l'ordre public et que, compte tenu de sa situation personnelle et familiale, M. A ne justifiait pas d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête un mémoire et des pièces enregistrés les 5, 10 juillet et 6 août 2024,

M. F A représenté par Me Elachi demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- le signataire des arrêtés était incompétent ;

- les arrêtés sont insuffisamment motivés ;

- il n'a pas été en mesure de présenter des observations avant l'édiction des arrêtés ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des arrêtés sur sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France représentait une menace à l'ordre public

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Un mémoire en défense et des pièces ont été enregistrés les 25 et 26 juillet 2024 par le préfet de police, représenté par Me Tomasi, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Elachi, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans ses écritures en faisant valoir par ailleurs que la procédure pénale à son encontre a été classée sans suite, et qu'il vit en concubinage depuis cinq ans.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 16 mars 1993, déclare être entré en France

le 26 août 2019. Par deux arrêtés du 4 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trente-six mois et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, signataire des arrêtés attaqués, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. En outre, eu égard au caractère réglementaire de cet acte, le préfet n'était pas tenu de produire la décision de délégation. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ils sont, en conséquence, suffisamment motivés.

4. En troisième lieu, M. A allègue ne pas avoir été mis en mesure de présenter des observations avant que le préfet ne prenne les décisions en litige. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise les décisions, ni même, au demeurant, qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Dès lors, il n'a pas été privé du droit d'être dans des conditions telles que cette violation l'aurait effectivement privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense, de sorte que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que le préfet se soit fondé sur la circonstance que le comportement de M. A constitue une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur l'existence d'une menace à l'ordre public dont serait entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme inopérant.

6. En cinquième lieu, si M. A justifie d'une ancienneté au séjour depuis 2019 et d'une ancienneté au travail depuis 2023, il n'est pas contesté qu'il est sans charge familiale en France et il n'allègue pas être dépourvu d'attaches privées et familiales en Tunisie. Par ailleurs s'il se prévaut du centre de ses intérêts en France, il n'apporte aucune précision à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, les arrêtés contestés du préfet n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris. Le préfet qui n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des arrêtés contestés sur la situation personnelle du requérant, n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

8. Le préfet de police a notamment estimé pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant que le comportement de ce dernier représentait une menace pour l'ordre public au motif qu'il a fait l'objet d'un signalement pour des violences le 1er juillet 2024. Toutefois, la circonstance que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public ne constitue pas l'unique motif de la décision attaquée, qui est principalement fondée, en application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet dans la mesure où d'une part il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour

et d'autre part qu'il n'a pas exécuté une mesure d'éloignement du 15 avril 2021 et enfin qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, à supposer même que le préfet de police ait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que les faits précités démontraient l'existence d'une menace à l'ordre public, il aurait pu légalement se fonder sur les autres motifs précités, qui ne sont pas contestés, pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire. Enfin et contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'il ait contesté la mesure du 15 avril 2021 et que cette mesure n'a pas été exécutée dans un délai d'un an n'est pas de nature à entacher le motif tiré du risque qu'il se soustraie à la présente mesure d'éloignement d'une erreur de droit. Par suite, le préfet pouvait sans erreur de droit ou erreur d'appréciation refuser un requérant un délai de départ volontaire.

9. En septième lieu, M. A soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en faisant valoir qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Tunisie. Toutefois, M. A, qui n'a au demeurant pas fait de demande au titre de l'asile, n'apporte aucune précision de cette allégation. Dès lors, le moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. En l'espèce, l'arrêté attaqué se fonde sur les motifs tirés de ce que M. A, qui allègue être entré en France en août 2019 ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté qu'il se déclare bientôt divorcé et sans enfant à charge, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 15 avril 2021 du préfet des Hauts de Seine à laquelle il s'est soustrait et qu'il représente également une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé par les services de police le 1er juillet 2024 pour des violences. A supposer même que le préfet de police ait entaché sa décision d'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public, il aurait pu légalement se fonder sur les autres motifs précités, qui ne sont d'ailleurs pas contestés, pour prendre l'arrêté litigieux. Par ailleurs, au vu des éléments propres à la situation personnelle de M. A qui ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale en France et de ce que ce dernier ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, le préfet de police a pu, sans porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à trente-six mois.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

Le magistrat désigné,

J. E

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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