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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418391

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418391

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418391
TypeDécision
PublicationD
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantNKOUNKOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 5, 9, 11 et 15 juillet 2024, M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités slovènes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit à l'information garanti par l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit de présenter des observations avant son édiction, ainsi que de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces ont été produites par le préfet des Yvelines le 13 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 777-3-7 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Nkounkou, avocat commis d'office, représentant M. B A, qui reprend, en les précisant, les moyens soulevés dans la requête et le mémoire complémentaire, et insiste en particulier sur ceux tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant, de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle, compte tenu de la présence en France de ses deux sœurs ainsi que de sa concubine et du suivi médical dont il bénéficie, et de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui s'en remet aux observations de son conseil,

- et les observations de Me Doucet, représentant le préfet des Yvelines, qui insiste tout particulièrement sur le fait que le requérant n'établit pas avoir déféré aux convocations de la préfecture en 2023 et doit donc bien être regardé comme en fuite au sens et pour l'application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que sur le caractère insuffisant de ses attaches personnelles en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 30 mai 1994, a sollicité en mai 2023 la reconnaissance de la qualité de réfugié. Par l'arrêté contesté du 4 juillet 2024, le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités slovènes, qu'il a regardées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. D, directeur des migrations à la préfecture des Yvelines, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet des Yvelines en date du 17 juin 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". L'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure de transfert envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B A a bénéficié d'un entretien individuel avec les services de la préfecture le 11 mai 2023 et il n'est ni établi ni même allégué qu'il aurait sollicité en vain un autre entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations ou des éléments utiles sur sa situation avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le requérant soutient que le préfet ne lui a pas communiqué les éléments d'information prévus à l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013. Toutefois, l'obligation d'information prévue par ces dispositions a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Dès lors, la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une décision par laquelle l'Etat français procède au transfert d'un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Le moyen soulevé est donc inopérant et ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet des Yvelines a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B A avant de décider son transfert aux autorités slovènes.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ". M. B A, qui déclare être entré en France en novembre 2022, se prévaut de la présence sur le territoire national de ses deux sœurs, en situation régulière, ainsi que de sa concubine, ressortissante française, avec laquelle il allègue entretenir une relation depuis novembre 2023. Il fait plus particulièrement valoir qu'il subvient aux besoins de l'une de ses sœurs, veuve, et de l'enfant de celle-ci. Il se prévaut en outre du suivi médical dont il bénéficie en France pour un syndrome anxiodépressif et un trouble de stress post-traumatique. Toutefois, les éléments qu'il produit ne permettent pas d'établir le caractère indispensable de sa présence auprès de ses sœurs. En outre, il est présent sur le territoire national depuis moins de deux ans, la relation dont il se prévaut, à la supposer établie, est récente et il n'a aucune charge de famille en France. Enfin, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical adapté en Slovénie. Dans ces conditions, M. B A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne décidant pas d'examiner sa demande d'asile sur le fondement des dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 ou une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Eu égard aux éléments mentionnés au point 7, M. B A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Jugement lu en audience publique le 15 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418391/8

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