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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418415

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418415

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418415
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantLIVET-LAFOURCADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 et 17 juillet 2024,

M. B F, alors retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 12 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 4 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. F soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente,

- elles sont insuffisamment motivées,

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,

En ce qui concerne, par la voie de l'exception, la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 433-4 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de son comportement au regard de l'ordre public,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive 2008/115/CE.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive 2008/115/CE

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il devait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme le reconnaît au demeurant le préfet de la Seine-Saint-Denis dans son arrêté en litige,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français,

- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de son comportement au regard de l'ordre public,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de 4 ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces qui ont été enregistrées les 12 et 16 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la directive 2008/115/CE

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Livet-Lafourcade, avocat commis d'office représentant

M. F,

- les observations de M. F,

- et celles de Me Khan pour le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui conclut au rejet de la requête en l'absence de moyen fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 5 avril 1985 à Kinshasa, a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement des articles L. 433-4 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande au motif de la menace à l'ordre public que représente sa présence en France, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

2. M. F s'est vu notifier ces décisions le 5 juillet 2024, concomitamment à un arrêté du préfet de police le plaçant en rétention. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler les décisions du 12 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

Sur les moyens communs portant, par la voie de l'exception, sur la légalité du titre de séjour ainsi que sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi de délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

3. En premier lieu, l'arrêté du 12 juin 2024 a été signé par M. C E, préfet de la Seine-Saint-Denis, qui était compétent pour prendre les mesures litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur desdites décisions manque en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis pour rejeter la demande de titre de séjour de M. F, l'obliger à quitter le territoire français sans délai et fixer son pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation retenue par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans son arrêté en date du 12 juin 2024, qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. F préalablement à l'édiction des décisions susmentionnées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Son article L. 433-4 dispose : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / () / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. ".

7. Ces dispositions sont complétées par l'article L. 412-5 du même code, qui comporte une condition générale applicable à la délivrance de tous les titres de séjour et qui dispose : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

8. En l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis a convenu dans son arrêté contesté du

12 juin 2024 que les liens personnels et familiaux de M. F étaient susceptibles de lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 précité mais a considéré que la réserve d'ordre public prévue à son article L. 412-5 lui était opposable et justifiait que ce titre de plein droit lui soit refusé.

9. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 18 juin 2002 à 3 ans d'emprisonnement dont 28 mois avec sursis pour vol avec violence ayant entraîné la mort, le 23 mai 2005 à 4 mois d'emprisonnement pour vol, le 8 mars 2010 à 1 000 euros d'amende pour, notamment, refus d'obtempérer, le 24 janvier 2011 à un an d'emprisonnement pour des faits de violence conjugale, le 14 décembre 2012 à 300 ans euros d'amende pour vol avec destruction ou dégradation et, enfin, le 20 décembre 2018, à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis pour violence avec usage ou menace d'une arme, peine qui a été ensuite aménagée par le juge d'application des peines. Il a par ailleurs fait l'objet de très nombreux signalements, dont cinq entre 2020 et 2023, pour des faits graves de violences, de vol et de menaces de mort. S'il est vrai que ces signalements n'ont pas donné lieu à des poursuites pénales, M. F ne conteste pas les faits signalés ni en être l'auteur. Enfin, il a été appréhendé par les forces de l'ordre le 3 juillet 2024 pour des faits d'usage et de trafic de drogue, en l'occurrence du crack, et ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle, n'ayant jamais travaillé de manière déclarée au cours de son long séjour en France. Dans ces conditions, eu égard à la réitération des faits sur une très longue période, de leur gravité, de leur caractère récent pour certains d'entre eux et de l'absence manifeste de volonté de M. F de se réinsérer après sa dernière condamnation pénale le

20 décembre 2018, ce qui manifeste un risque élevé de récidive, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation de son comportement en qualifiant sa présence en France de menace à l'ordre public et en lui refusant pour ce motif le titre qu'il sollicitait, suivant au demeurant en cela l'avis défavorable de la commission du titre de séjour en date du 25 avril 2024. Par suite, le moyen tiré par le requérant des dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ". Enfin, aux termes de l'article 5 de la directive 2008/115/CE : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les États membres tiennent dûment compte: / a) de l'intérêt supérieur de l'enfant / (). ".

12. Si M. F fait valoir être le père d'un garçon présent en France, il n'a apporté aucun élément pour l'établir. Il ressort en revanche des pièces du dossier qu'il est bien le père d'une fille, A F, née en France le 9 novembre 2016 et dont la mère, qui était de nationalité congolaise (République démocratique du Congo) comme le requérant, est décédée le 16 mars 2023. Toutefois, M. F, n'a transmis qu'une seule pièce antérieure à la décision attaquée pour établir avoir déjà contribué à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, à savoir une attestation très peu circonstanciée d'une personne présentée comme sa compagne et qui indique héberger l'enfant à son domicile, sans préciser depuis quelle date. Si elle indique que l'enfant est scolarisée à Saint-Denis (93), aucune pièce ne vient l'établir. Enfin, contrairement à ce que soutient M. F, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant A serait de nationalité française ni, par suite, qu'elle ne pourrait pas l'accompagner dans son pays d'origine si tel était bien son intérêt alors que son père présente un profil violent et souffre d'addictions graves comme il l'a été dit au point 9. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour contestée n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant A F et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. Compte tenu de ces éléments, il doit en être de même, en tout état de cause, des moyens tirés de la méconnaissance de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive 2008/115/CE.

13. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé par le préfet de la Seine-Saint-Denis à l'encontre de sa décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. F n'est pas fondé à soutenir qu'il devait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Son moyen tiré d'une erreur de droit entachant la décision d'éloignement doit ainsi être écarté.

15. En deuxième lieu, eu égard à la nature des relations entre M. F et sa fille A telle qu'analysée au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi qu'en tout état de cause de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 5 de la directive 2008/115/CE, doivent être écartés.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. En l'espèce, il est constant que M. F est entré en France en 1995, alors qu'il était âgé de 10 ans, et qu'il a toujours résidé légalement en France depuis sa majorité. En revanche, alors qu'il fait valoir que ses parents et ses frères et sœurs résident légalement en France, il n'a pas apporté la moindre pièce pour l'établir, si bien qu'il ne ressort pas du dossier qu'il serait isolé en cas de retour en République démocratique du Congo. Ainsi qu'il a été dit, il ne démontre pas avoir de fils résidant en France ni contribuer à l'éducation et à l'entretien de sa fille A, dont rien au demeurant n'établit qu'elle ne pourrait pas l'accompagner en République démocratique du Congo si son intérêt, dans les circonstances particulières de l'espèce, est bien de demeurer auprès de son père. En ce qui concerne les liens familiaux du requérant, ce dernier se prévaut enfin d'une relation avec une ressortissante française qui l'hébergerait. Cependant, il n'a jamais mentionné cet élément antérieurement aux décisions attaquées, se prévalant systématiquement d'une autre adresse que celle de sa prétendue conjointe dans ses échanges avec la préfecture de la Seine-Saint-Denis. L'attestation produite par cette dernière est par ailleurs très peu circonstanciée et ne donne notamment aucune indication quant à la date à laquelle leur relation aurait débuté. Dans ces conditions, la seule attestation relative à un contrat de fourniture d'énergie produite par le requérant et qui a été au demeurant établie postérieurement aux décisions attaquées ne permet pas à elle seule de prouver l'existence d'une vie commune entre M. F et cette ressortissante française depuis 2016. Par ailleurs, malgré sa durée de présence particulièrement significative sur le territoire national, l'intéressé ne se prévaut d'aucun lien privé particulier et n'a jamais régulièrement travaillé. En ce qui concerne les buts poursuivis par cette décision d'éloignement, il résulte des éléments mentionnés au point 9 que la présence en France sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public compte tenu de la réitération de faits repréhensibles sur une très longue période, de leur gravité, de leur caractère récent pour certains d'entre eux et de l'absence manifeste de volonté de M. F de se réinsérer après sa dernière condamnation pénale le 20 décembre 2018, ce qui manifeste un risque élevé de récidive. Dans ces conditions, la décision d'éloignement litigieuse n'a pas porté au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de par le préfet de police de ses conséquences sur la situation personnelle de M. F.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision d'éloignement à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (). ".

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le préfet de la Seine-Saint-Denis était fondé à considérer que le comportement de M. F est constitutif d'une menace pour l'ordre public et, par suite et pour ce motif, à lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

22. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision d'éloignement à l'encontre de la décision portant fixation de son pays de destination

25. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé son pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans :

27. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Son article L. 612-10 dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

28. En l'espèce, M. F est présent en France depuis 1995, soit 29 ans. Il a acquis cette durée de présence particulièrement significative en se maintenant en France de manière régulière et n'avait ainsi jamais fait l'objet jusqu'ici d'une décision d'éloignement. Il ressort des pièces du dossier qu'il est le père d'une fille âgée de 7 ans, dont l'intérêt supérieur pourrait à l'avenir justifier qu'elle réside en France tout en entretenant des contacts directs avec le requérant. Enfin, si la présence de M. F sur le territoire national est bien constitutive d'une menace à l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui-même n'a pas entendu se prévaloir dans son arrêté contesté du caractère grave de cette menace au sens du second alinéa de l'article L. 612-6 précité.

29. Dans les circonstances de l'espèce, le requérant est ainsi fondé à soutenir que la décision fixant à quatre ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

30. Il est ainsi fondé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de sa requête dirigés contre cette décision, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

31. Eu égard aux motifs qui le fondent et à l'étendue de l'annulation qu'il prononce, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer un titre de séjour à M. F. Ses conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

32. M. F, qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de la présente instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a interdit à M. F de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans est annulée.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 17 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

V. D

La greffière,

D. PERMALNAICK

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418415/8

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