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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418428

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418428

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418428
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 juillet 2024 et

le 11 juillet 2024, M. B C, représenté par Me de Sa-Pallix, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à Me de Sa-Pallix qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement ou, défaut d'admission de

M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser à la somme de 1500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est constituée, dès lors que sa fille mineure a été reconnue réfugiée,

le 30 décembre 2022, et qu'il a sollicité un titre de séjour, en qualité de parent de réfugié,

le 29 novembre 2023, mais n'a pas été mis en possession d'un document provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

- il peut être éloigné du territoire français à tout moment, ne peut travailler et est donc sans ressource pour s'occuper de sa famille.

Sur l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles

L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de la situation de l'intéressé ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 10 juillet 2024, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête enregistrée sous le numéro 2418429 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Charzat pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 11 juillet 2024 en présence de Mme Sueur, greffière d'audience, M. Charzat a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me de Sa-Pallix, représentant M. C, qui reprend et développe ses écritures ;

- et les observations de Me Floret, pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'en l'absence de décision faisant grief, la requête n'est pas recevable ; la condition d'urgence n'est pas remplie ; aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un ressortissant ivoirien, né le 14 février 1985. Il est le père de Mme A C, née le 27 juin 2022, qui a été reconnue réfugiée, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 30 décembre 2022. M. C a sollicité le 29 novembre 2023 une carte de séjour en qualité de parent de réfugié. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

Sur l'existence d'une décision de refus de séjour :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de dépôt du 29 janvier 2023, que M . C a déposé à cette date une demande de délivrance de titre de séjour. Son conseil a sollicité le 6 juin 2024 la communication des motifs du refus implicite opposé à la demande de la carte de résident. Dans ces conditions, une décision implicite est née du silence gardé pendant 4 mois sur cette demande en application de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La fin de non-recevoir soulevée en défense doit par suite être écartée.

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

6. La décision attaquée, refusant à M. C la délivrance de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié, le place dans une situation de précarité administrative et financière l'empêchant de séjourner régulièrement avec sa fille reconnue réfugiée depuis

le 30 décembre 2022 et de pourvoir aux besoins de sa famille par l'exercice d'une activité professionnelle. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : [] 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

10. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable, en tout état de cause, jusqu'au jugement de sa requête au fond. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me de Sa-Pallix, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me de Sa-Pallix de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à

M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à

M. C.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de police rejetant implicitement la demande de délivrance du titre de séjour de M. C en qualité de parent d'enfant réfugiée est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler valable, en tout état de cause, jusqu'au jugement de sa requête au fond.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me de S-Pallix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me de Sa-Pallix, avocat de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me de Sa-Pallix et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 11 juillet 2024.

Le juge des référés,

J.M. CHARZAT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1

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