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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418479

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418479

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418479
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. A B, représentée par Me Cukier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite refusant de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est présumée en cas de décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- l'urgence est d'autant plus caractérisée que la décision contestée rend son séjour en France irrégulier alors qu'il résidait régulièrement en France depuis 2017 et que son contrat de travail a été suspendu.

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête de M. B a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2417865 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gandolfi pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 11 juillet 2024 en présence de Mme Louart, greffière d'audience, M. Gandolfi a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me Rosin, substituant Me Cukier, pour M. B, présent, qui reprend et développe les moyens de la requête et qui soutient en outre que la décision attaquée méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit,

- et les observations de Me Floret, pour le préfet de police, qui relève que la requête est dirigée contre une décision qui n'existe pas, la demande de l'intéressé ayant été classée sans suite après qu'il n'a pas répondu à une demande de pièces complémentaires, que l'urgence n'est pas établie et qu'il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 19 février 1983, est entré en France, selon ses déclarations, le 4 novembre 2011. Le 27 avril 2017, le préfet de police lui a délivré un titre de séjour, valable jusqu'au 26 avril 2018, renouvelé jusqu'au 26 avril 2019. Le 27 avril 2019, M. B s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 26 avril 2023. M. B a demandé le renouvellement de son titre de séjour et s'est vu délivrer, le 16 mai 2023, un récépissé. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler ce titre.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'existence d'une décision implicite de rejet :

3. Il ressort des pièces du dossier et il est constant que M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement notamment de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de salarié. Ainsi, et alors au demeurant que, dans un courrier électronique du 11 juin 2024, les services de la préfecture de police ont, semble-t-il, estimé que la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par le requérant avait été rejetée au motif qu'elle avait été présentée après la date d'expiration de son titre, le préfet de police n'est pas fondé à soutenir que le requérant a déposé un dossier incomplet en ne produisant pas l'autorisation de travail demandée alors qu'un tel document n'est pas requis par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obtention d'une carte de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet de police, le silence gardé par l'administration pendant quatre mois à la suite de sa demande, qui était complète, a fait naître une décision implicite de rejet.

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

5. En l'espèce, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la demande de renouvellement présentée par M. B, qui a bénéficié d'un récépissé délivré le 16 mai 2023, aurait été enregistrée avant la date d'expiration de sa carte de séjour pluriannuelle le 26 avril 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 26 avril 2024, son employeur l'a informé que son contrat de travail à durée indéterminée conclut le 6 novembre 2023, était suspendu dans l' " attente de la transmission de [son] autorisation de travail délivrée par la préfecture " et qu'il serait " positionné en absence autorisée non payée à partir du 26 avril 2024 au soir ". Il suit de là que si M. B ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence, il démontre que l'exécution de la décision litigieuse porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle, professionnelle et financière. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de justice administrative : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / () / 4° Une carte de séjour pluriannuelle ; / () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été relevé au point 1 de la présente décision que M. B a été mis en possession d'un titre de séjour le 27 avril 2017, renouvelé jusqu'au 26 avril 2019 et que, le 27 avril 2019, il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 26 avril 2023.

8. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour que le 16 mai 2023, soit après la fin de validité de son titre de séjour et qu'il ne démontre pas avoir déposé sa demande avant la fin de cette validité. D'autre part, il ressort du courrier électronique des services de la préfecture de police du 11 juin 2024, en réponse à la demande de communication des motifs de la décision rejetant implicitement la demande de l'intéressé, que celle-ci est fondée sur la circonstance que sa demande de renouvellement n'a pas été présentée dans les deux mois qui ont précédé l'échéance de sa carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, la demande de l'intéressé tendant à ce que le préfet de police lui renouvelle ce titre, présentée après la fin de validité de son titre de séjour devait être regardée comme une première demande de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de ce que, en rejetant pour ce motif la demande de titre de séjour formée par M. B, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur de droit, est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

9. En second lieu, en l'état de l'instruction, alors que M. B justifie d'une activité professionnelle depuis 2012, et d'une résidence en France depuis plus de dix ans, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées, compte tenu de son insertion professionnelle, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée du préfet de police.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

12. Eu égard aux motifs retenus pour suspendre l'exécution de la décision en litige, la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer sans délai un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle préfet de police a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer sans délai un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 12 juillet 2024.

Le juge des référés,

G. GANDOLFI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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